Ban Ki-moon au Rwanda pour apaiser la polémique sur un rapport de l'Onu

7 septembre 2010 à 18h35 par La rédaction

KIGALI (AFP)

Le secrétaire-général de l'Onu Ban Ki-moon est arrivé mardi soir au Rwanda pour tenter d'apaiser la colère de ce pays qui menace de retirer ses soldats des forces internationales de paix au Soudan en protestation contre un rapport l'accusant de crimes graves en RD Congo.

M. Ban Ki-moon doit rencontrer au cours de cette visite surprise d'environ 24 heures à Kigali le président rwandais Paul Kagame et la ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo, a indiqué à New York le porte-parole adjoint de l'ONU.

La radio d'Etat Radio Rwanda a confirmé mardi soir la visite du secrétaire-général de l'Onu, qui n'a été annoncée qu'une fois l'intéressé arrivé sur place.

"Le secrétaire-général a décidé de visiter Kigali pour parler directement au président rwandais et à d'autres officiels du gouvernement de l'inquiétude concernant le rapport sur la République démocratique du Congo préparé par le bureau du Haut commissaire aux droits de l'Homme", a ajouté le porte-parole de l'Onu.

La presse a divulgué à la fin du mois dernier un projet de rapport de l'Onu accusant l'armée rwandaise de possibles crimes de génocide commis lors de la première guerre en République démocratique du Congo (1996-1998) à l'encontre des Hutu rwandais réfugiés dans ce pays.

Selon ce texte du Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, "les attaques systématiques et généralisées --contre des Hutu réfugiés en RDC après le génocide de 1994 contre les Tutsi-- révèlent plusieurs éléments accablants qui, s'ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide".

Le nombre de victimes s'élève à "probablement plusieurs dizaines de milliers" selon le rapport.

Plus d'un million de Hutu rwandais s'étaient réfugiés chez le voisin congolais par crainte de représailles après la prise de pouvoir au Rwanda en juillet 1994 de la guérilla du Front patriotique rwandais (FPR), à majorité tutsi, qui a mis un terme au génocide perpetré contre la minorité tutsi de ce pays.

Environ 800.000 personnes ont été tuées dans le génocide anti-Tutsi perpétré par le régime extrémiste hutu jusque-là au pouvoir à Kigali.

Le régime du président Paul Kagame, issu du FPR, a très vivement réagi à la publication par la presse de ce rapport et menacé de retirer les 3.550 soldats qu'il a mis à la disposition de l'Onu au Soudan, essentiellement dans la province du Darfour.

Le Rwanda compte 3.300 militaires au sein de la mission de paix ONU/Union africaine (Minuad), et 256 au sein de la Mission des Nations Unies au Soudan l'Unmis.

"L'ONU ne peut pas gagner sur les deux tableaux (...) On ne peut pas accuser notre armée de pourchasser des civils sur la base de leur ethnie (...) et demander à cette même armée d'être une force morale et disciplinée pour protéger les civils dans le monde", a estimé la chef de la diplomatie rwandaise Mme Mushikiwabo.

L'Onu a fait savoir quelques jours après ces protestations qu'elle repoussait au 1er octobre la publication de la version finale du rapport contesté, afin de laisser le temps aux "Etats concernés" de faire des commentaires qui seront ajoutés au document.

Un porte-parole de l'Onu avait ensuite démenti les affirmations du quotidien français Le Monde, à l'origine de la publication du texte, selon lesquelles M. Ban Ki-moon aurait fait pression sur le haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme pour que ce dernier ôte le terme de "génocide" du texte.

Lors de son investiture lundi, le président rwandais Paul Kagame, au pouvoir depuis 1994 et réélu le mois dernier, a dénoncé les "mensonges" proférés contre son pays à l'étranger, mais il n'a fait aucune référence spécifique au rapport de l'Onu.