Béchir au Tchad: un défi à la CPI, avec la bénédiction de N'Djamena

21 juillet 2010 à 11h31 par La rédaction

N'DJAMENA (AFP)

Sous la menace d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, le président soudanais Omar el-Béchir est attendu mercredi au Tchad, pour son premier déplacement dans un pays qui reconnaît la CPI mais dont le gouvernement assure qu'il n'a "rien à craindre" à N'Djamena.

Après cinq ans de guerre par groupes rebelles interposés, le Tchad et le Soudan, des voisins, se sont engagés dans un processus de normalisation de leurs relations et ont signé mi-janvier à N'Djamena un accord assorti d'un "protocole de sécurisation des frontières".

Depuis, N'Djamena s'aligne sur la position de l'Union africaine (UA) qui a décidé de ne pas coopérer avec la CPI après l'émission en 2009 du premier mandat contre M. el-Béchir et n'a pas varié après le lancement d'un second mandat ce mois-ci, a expliqué le ministre tchadien des Affaires étrangères, Moussa Faki Mahamat, dans un entretien à la radio britannique BBC.

Lors de son séjour à N'Djamena où il doit arriver à 17H00 (16H00 GMT) selon la présidence tchadienne, Omar el-Béchir "n'a rien à craindre.En tout cas, du Tchad, il n'a rien à craindre", a assuré M. Faki Mahamat.

M. el-Béchir est poursuivi par la CPI pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et, depuis la semaine dernière, pour génocide commis au Darfour (ouest du Soudan), en proie depuis sept ans à une guerre civile à l'origine de 300.000 morts selon les estimations de l'ONU, 10.000 d'après Khartoum.

Le Tchad a ratifié le statut de Rome, acte fondateur de la CPI, et est en théorie tenu d'arrêter le dirigeant soudanais s'il voyage sur son territoire.Le voyage d'Omar el-Béchir dans ce pays sera son premier dans un Etat reconnaissant la juridiction de cette cour, d'après des responsables soudanais.

"Sur la question du problème de l'inculpation du président el-Béchir, l'Union africaine a pris une décision.(...) Nous pensons, nous, que la paix et la stabilité au Soudan sont une priorité, surtout pour un pays comme le Tchad.La position de l'UA est la position la plus réaliste", a affirmé le chef de la diplomatie tchadienne.

"Il est bien vrai qu'au départ, le Tchad avait des réserves, mais du fait de l'amélioration de nos relations, nous avons levé cette réserve", a-t-il ajouté.

La normalisation des relations tchado-soudanaises a franchi un nouveau pas avec l'expulsion, mardi par le Soudan, de trois chefs de la rébellion tchadienne disposant de bases arrière dans ce pays.

Timan Erdimi, Mahamat Nouri et Adouma Hassaballah "ont quitté le Soudan mardi soir", a déclaré à l'AFP à Khartoum Abderaman Koulamallah, porte-parole de l'Union des forces de la résistance (UFR), coalition de plusieurs factions rebelles tchadiennes affirmant avoir pour but le renversement du pouvoir de M. Deby.

Selon des sources proche du dossier, les trois hommes sont partis pour Doha, au Qatar.Leur expulsion est une réponse à un geste du Tchad, qui a refoulé mi-mai vers la Libye Khalil Ibrahim, le chef du plus militarisé de groupes rebelles du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

"Nous, de notre côté, nous avons rempli notre part de l'accord.(...) Nous avons interdit toute activité hostile au Soudan sur notre territoire, et nous attendons que le Soudan en fasse de même", a commenté le chef de la diplomatie tchadienne sur la BBC.

L'UFR a assuré que ces expulsions du Soudan ne changeront pas son projet de renverser le président Deby.

"Nos forces entreront dans le territoire tchadien, cela ne dépend pas du Tchad ou du Soudan mais de notre propre volonté", a soutenu Abderaman Koulamallah, son porte-parole.