Bissau: des juristes d'Afrique de l'Ouest au chevet de la crise politique

6 mars 2020 à 18h04 par AFP

AFRICA RADIO

Des experts en droit constitutionnel d'Afrique de l'Ouest vont se rendre la semaine prochaine en Guinée-Bissau pour chercher une issue à la querelle post-électorale, qui se poursuit deux mois après la présidentielle, alors que l'armée affirme ne "s'acoquiner" avec aucun des protagonistes.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé jeudi la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 Etats) à "envoyer au plus vite une mission politique de haut niveau en Guinée-Bissau afin d'aider à résoudre la crise".Une mission, "composée d'experts constitutionnalistes et en régulation inter-institutionnelle, séjournera à Bissau" du 9 au 13 mars, a répondu vendredi dans un communiqué le représentant en Guinée-Bissau de la Cédéao.L'organisation ouest-africaine avait affirmé en début de semaine suivre avec "une grande préoccupation" la situation dans l'ancienne colonie portugaise, marquée par "les investitures successives de deux chefs d'Etat en dehors des cadres légaux et constitutionnels".Les experts juristes vont "travailler" avec la Commission nationale des élections (CNE) a proclamé vainqueur le candidat issu de l'opposition Umaro Sissoco Embalo, et avec la Cour suprême, qui n'a toujours pas tranché les recours introduits par son adversaire issu du parti majoritaire au Parlement, le PAIGC, Domingos Simoes Pereira.Leur but: "Aider à une résolution rapide du contentieux électoral", explique la Cédéao, médiatrice historique dans ce pays chroniquement instable où les militaires ont souvent joué un rôle d'arbitre. La Cédéao a déployé à Bissau depuis le dernier putsch, en 2012, une force militaire, l'Ecomib.La France a appelé mercredi l'armée à rester "à l'écart" de la querelle, tandis que le Conseil de sécurité l'exhortait jeudi à "ne pas interférer avec la crise politique et post-électorale".Des militaires ont occupé le weekend dernier des bâtiments hautement symboliques, comme le siège du gouvernement et la radio-télévision publique, faisant dire au camp de M. Pereira qu'un coup d'Etat était en cours. L'armée s'est depuis retirée, a constaté vendredi un correspondant de l'AFP."Il y avait une situation qui nécessitait le renforcement de dispositifs pour garantir la paix et la stabilité, c'est ce qui a été fait", a justifié vendredi auprès de l'AFP le porte-parole de l'armée, Ousmane Conaté."L'armée ne s'acoquine jamais avec des comportements anticonstitutionnels", a-t-il ajouté, bien que la haute hiérarchie militaire ait été prise en photo aux côtés de M. Embalo après qu'il se fut fait investir président sans attendre la décision de la Cour suprême.Le "président intérimaire" investi par les députés du PAIGC et de ses alliés, Cipriano Cassama, a renoncé à cette fonction le 1er mars après avoir selon lui reçu des "menaces de mort".