Bonne chance, Monsieur Goodluck: au Nigeria les noms racontent des histoires

26 mai 2011 à 4h41 par La rédaction

LAGOS (AFP)

Goodluck Jonathan le bien nommé?Peut-être.Comme tant d'autres Nigérians, le président du pays le plus peuplé d'Afrique qui prêtera serment dimanche porte un prénom qui en dit long.

Dans cette nation de 150 millions d'habitants, dont l'anglais est la langue officielle, on peut croiser Sunday (Dimanche), God's Gift (Cadeau de Dieu) ou encore WhoKnows (Qui Sait).Et la traduction de certaines appellations en langues locales peut donner Lieu Bruyant, par exemple.

"Les gens n'attribuent pas juste un nom comme ça, les noms veulent dire beaucoup", explique Austin Nwagbara, enseignant à l'Université de Lagos. Au-delà du Nigeria, beaucoup en Afrique croient que "votre nom vous poursuit, comme Goodluck", ajoute-t-il.

En effet, le chef de l'Etat, dont le prénom signifie "Bonne Chance" ou "Le Chanceux", a eu jusqu'ici un parcours politique qui fait dire à beaucoup qu'il a été bien nommé. Entré en politique il y a seulement une dizaine d'années, "Goodluck" semble avoir bénéficié de plusieurs concours de circonstances favorables.

Docteur en zoologie issu d'une famille modeste de fabricants de pirogues, il est élu en 1999 gouverneur adjoint de Bayelsa, l'Etat dont il est originaire, dans le sud pétrolifère.

En 2005, le gouverneur, accusé de blanchiment d'argent, est destitué et Goodluck Jonathan prend les commandes jusqu'en 2007. Cette année-là, il est choisi comme vice-président sur le ticket d'Umaru Yar'Adua, et le duo est élu lors d'un scrutin entaché de fraudes.Avant même la fin du premier mandat, le chef de l'Etat décède des suites d'une longue maladie en mai 2010 et "Goodluck" est propulsé à la tête de la puissance pétrolière.

En avril, il a été élu président pour la première fois, devançant largement son principal adversaire. Un ami du chef de l'Etat, Amalate Johnny Turner, a raconté à l'AFP que ce dernier n'avait "jamais même rêvé de devenir ce qu'il est aujourd'hui".

"Je l'ai appelé Goodluck car même si la vie était rude pour moi à sa naissance, j'ai eu le sentiment que ce garçon me porterait chance", a raconté son père Lawrence Jonathan, cité dans une récente biographie du président. Sa mère Eunice a elle expliqué qu'après plusieurs accouchements qui avaient duré de longs jours, le petit Goodluck est arrivé en moins de 24 heures.

L'attribution d'un prénom au Nigeria peut dépendre des conditions de la naissance, de croyances, des attentes que la famille peut avoir de l'enfant ou encore de références culturelles ou philosophiques.

Ainsi, on pourra voir sur le certificat de naissance d'un enfant né avant que sa mère n'ait pu se rendre à l'hôpital une appellation en langue locale équivalente à "Le long de la route".Un autre, qui a vu le jour dans le vacarme, sera prénommé "Lieu Bruyant".

Selon la tradition Yoruba, la principale ethnie dans le sud-ouest, les rituels liés à l'attribution d'un prénom à un enfant doivent intervenir exactement huit jours après sa mise au monde. Un jour de semaine, récemment, une foule s'était ainsi réunie dans le quartier défavorisé de Mushin, dans la mégapole Lagos, pour une telle cérémonie.Au milieu de la rue, une grande tente était dressée sous laquelle on préparait le repas des invités.

Dans le nord majoritairement musulman du Nigeria, beaucoup d'appellations proviennent du coran mais certains portent le nom de leur lieu d'origine.Comme par exemple l'ex-président Shehu Shagari, qui vient de la ville de Shagari.

Chez les Igbos, ethnie prévalente dans le sud-est, certains prénoms indiquent tout simplement le jour de la semaine au cours duquel est né l'enfant.

Au Nigeria, on peut ainsi passer son samedi avec "Dimanche" et "Lundi", aller rendre visite à M. Gusau à Gusau et rencontrer en chemin "Qui Sait" et "Bonne Chance".