Burkina: l'armée désigne le lieutenant-colonel Zida pour conduire la transition

Par La rédaction

Ouagadougou (AFP)

Vingt-quatre heures après la chute du président Blaise Compaoré, un jeune officier, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a été désigné samedi par l'armée pour conduire un régime de transition au Burkina Faso.

Les hauts gradés, réunis à l'état-major, ont rapidement tranché en faveur du lieutenant-colonel Zida, numéro 2 de la garde présidentielle, qui se disputait le pouvoir avec le chef d'état-major des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, ce qui créait des dissensions dans l'armée.

"Le lieutenant-colonel Isaac Zida a été retenu à l'unanimité pour conduire la période de transition ouverte après le départ du président Compaoré" par "la haute hiérarchie, après concertation à l'état-major des armées", a déclaré devant la presse le chef d'état-major adjoint des armées, le général Wenceslas Pingrinoma Zagré.

Il lisait un communiqué signé par le général Traoré, qui reconnaît ainsi la victoire de son rival.A côté du général Zagré était assis M. Zida, qui a ensuite posé pour une séance photo entouré d'une quinzaine des principaux chefs militaires, l'air grave.

En revanche le général Traoré, qui a assisté à la réunion, n'était pas visible. 

Depuis la démission et la fuite du président Blaise Compaoré, chassé après 27 ans au pouvoir par une insurrection populaire et réfugié en Côte d'Ivoire, les deux militaires s'étaient livrés à une guerre de communiqués, affirmant tous deux vendredi assumer les responsabilités de "chef de l'Etat".

Le communiqué des militaires est resté flou sur la suite des événements: "La forme et la durée" de "cette période de transition (...) seront déterminées ultérieurement", ont-ils indiqué.

Mais elle se fera "de concert avec les composantes de la vie nationale", c'est-à-dire l'opposition politique et la société civile, comme l'avait déjà assuré M. Zida dans ses précédentes déclarations.

Il devait d'ailleurs rencontrer les chefs de file des partis politiques et de la société civile dans l'après-midi.

Bien que cette prise de pouvoir militaire aille à l'encontre de la Constitution burkinabè, selon laquelle c'est le président de l'Assemblée qui doit assurer l'intérim, l'opposition politique n'a pas paru choquée.

"Nous n'avons pas à choisir tel ou tel ou à être contre tel ou tel", a estimé samedi son chef de file, Zéphirin Diabré, appelant à une "transition consensuelle" pour "restaurer l'image du pays et organiser le retour à une vie constitutionnelle" normale.

M. Zida avait déclaré "suspendre" la Constitution la nuit dernière.

"On est encore dans une période grise.On ne connaît pas bien ces officiers.On ne sait pas encore qui roule pour qui, leurs allégeances", jugeait samedi un observateur de la politique régionale, interrogé par l'AFP.

Les partenaires du Burkina - France, Etats-Unis, Union européenne - ont exprimé leur attachement à une transition conforme à la légalité constitutionnelle.

 

- Avertissement pour les autres leaders africains -

 

L'ex-président Compaoré, lui, s'est réfugié à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire, avec sa famille et ses proches, dans une résidence d'Etat pour les hôtes étrangers, a indiqué la présidence ivoirienne. 

Il entretient de bonnes relations avec le président ivoirien Alassane Ouattara, qu'il est réputé avoir soutenu contre l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo.

Dans les rues de Ouagadougou, la situation était revenue au calme samedi, après des pillages les jours passés. 

A l'appel du Mouvement citoyen, une organisation de jeunes en pointe dans la mobilisation pour faire tomber M. Compaoré, des groupes de jeunes ont nettoyé les rues jonchées de débris, carcasses et pneus brûlés.

A Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays également théâtre de pillages, la situation était également revenue à la normale, petits commerces, cafés et restaurants de rues étant de nouveau ouverts.

Mais de nombreux Burkinabè attendaient une clarification de la situation politique.

"On est confus comme tout le monde, on attend maintenant un éclaircissement", a expliqué à l'AFP un habitant de Bobo Dioulasso, Guénolé Sanou, 32 ans."Je veux un président civil, qui nous garantisse la paix et qui respecte la Constitution".

Pour un autre, Claude Sanou, 28 ans, l'important est que "la paix reste au pays, que ce soit un civil ou un militaire".

Blaise Compaoré, 63 ans, était arrivé en 1987 au pouvoir par un coup d'Etat. 

Sa volonté de réviser la Constitution pour lui permettre d'être candidat à la présidentielle de 2015 et de se maintenir encore au pouvoir l'a finalement perdu: les manifestations historiques de mardi ont amené des centaines de milliers de personnes dans les rues de la capitale.

Le maintien du vote de révision jeudi au Parlement pour modifier la loi fondamentale, malgré la protestation populaire, a littéralement embrasé le Burkina Faso.

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province...Blaise Compaoré a finalement dû démissionner un an avant l'échéance de son dernier mandat.

Sa chute brutale représente un avertissement pour les présidents africains tentés, comme lui, de retoucher leur Constitution.Quatre pays - République démocratique du Congo, Burundi, Congo Brazzaville, Bénin - envisageaient des révisions similaires.