Burkina: la garde du président Compaoré mate des militaires mutins

Par La rédaction

OUAGADOUGOU (AFP)

La garde du président burkinabé Blaise Compaoré a maté vendredi une mutinerie à Bobo Dioulasso (sud-ouest), livrée aux tirs en l'air et aux pillages de militaires durant plus de deux jours, espérant donner un coup d'arrêt à la grogne dans l'armée qui déstabilise son pouvoir.

C'est la première fois, depuis le début du mouvement de protestation en mars, que le régime emploie la manière forte face à l'une de ces manifestations violentes, généralement motivées par des revendications financières.

L'état-major a d'ailleurs annoncé vendredi sa décision d'"empêcher par la force" toute nouvelle mutinerie dans le pays.

Dans la capitale économique, "le gros de l'opération" - qui selon une source médicale a fait au moins 18 blessés, dont neuf militaires - "est terminé, la situation est maîtrisée", a assuré à l'AFP en fin d'après-midi un haut gradé du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) dirigeant l'opération.

"On a le contrôle total du camp (des mutins), mais nous sommes en train de chercher ceux qui ont fui", a-t-il dit.

"Nous avons procédé à une cinquantaine d'arrestations" et "récupérons les armes, les munitions et les objets volés qui ont été stockés au camp", a-t-il ajouté.

"C'est calme, on n'entend plus de tirs", a confirmé un riverain, ajoutant que des objets pillés par les mutins depuis le début de leur protestation mardi soir "sont en train d'être rapportés à la gendarmerie".

Selon une source hospitalière, "18 blessés" ont été enregistrés après l'opération: neuf militaires et neuf civils, dont deux jeunes filles gravement touchées.Ce nouveau bilan porte à près de 60 le nombre de personnes blessées en deux jours à Bobo Dioulasso.

Peu avant 10H00 (locales et GMT), un détachement de la garde présidentielle appuyé par des parachutistes commandos et la gendarmerie de Bobo Dioulasso, qui avaient rejoint la ville dans la nuit, étaient passés à l'action, bloquant les accès au camp des mutins avant de l'investir.

Des tirs d'arme lourde ont retenti au même moment vers le gouvernorat et l'hôpital, non loin du camp, selon un témoin.

Autour du camp, d'intenses échanges de tirs ont suivi l'assaut des troupes d'élite et des gendarmes.

Le gouvernement a annoncé le maintien du couvre-feu nocturne instauré la veille dans la ville, mais allégé d'une heure, de 18H00 à 05H00.

Les militaires venus de Ouagadougou et leurs renforts "sont venus nous libérer", s'est félicité un habitant."La population est contente, les gens sortent avec de l'eau et du jus de gingembre pour leur en donner".

La nuit avait été marquée par des tirs en l'air intenses à travers la capitale économique et de nouveaux pillages massifs.

"Une partie du marché a été saccagée", a souligné le maire, Salia Sanou."Il y a beaucoup de dégâts".

Le durcissement de la mutinerie à Bobo Dioulasso, après la multiplication des protestations dans des casernes du pays en deux semaines, a conduit le président Compaoré à risquer l'épreuve de force.

Mercredi, le gouvernement, confronté à une crise sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir en 1987 de M. Compaoré, lui-même militaire, avait appelé les mécontents à la "retenue" et au "dialogue" et dit envisager "des mesures en vue du rétablissement de l'autorité de l'Etat".

La France, ex-puissance coloniale, a estimé que "le dialogue entre toutes les parties doit être privilégié" au Burkina Faso.Paris s'inquiète de l'évolution d'un pays encore considéré récemment comme un pôle de stabilité dans une Afrique de l'Ouest tourmentée, par exemple en Côte d'Ivoire voisine.