Burkina: Zida veut "s'attaquer à plein de réformes" et lutter contre la corruption

Par La rédaction

Ouagadougou (AFP)

Le Premier ministre du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a promis lundi "plein de réformes" et une lutte anti-corruption à l'issue du premier Conseil des ministres du gouvernement de transition dans lequel les militaires tiennent des postes déterminants.

"Nous allons nous attaquer à des réformes dans le secteur de la défense, de la justice et aussi dans le secteur économique", a lancé M. Zida, annonçant "plein de réformes"."Dans ce pays, il y a eu tellement de corruption, de passes-droits", a ajouté l'ancien numéro deux de la garde présidentielle de Compaoré, renversé par la rue le 31 octobre après 27 ans au pouvoir. 

A changement de régime, changement d'allure vestimentaire: Isaac Zida, également ministre de la Défense, vêtu auparavant d'un éternel treillis et toujours coiffé d'un béret rouge depuis sa prise en main du Burkina il y a trois semaines, s'est présenté en civil.Comme les trois autres militaires devenus ministres, dont le colonel Auguste Denise Barry, l'un de ses bras droits nommé ministre de l'Administration territoriale et de la Sécurité (Intérieur).Avec le porte-feuille des mines (essentiellement de l'or), les militaires tiennent des postes déterminants. 

 Elégant dans son costume bleu, le nez chaussé de fines lunettes, le Premier ministre et ministre de la Défense a réuni le conseil à 10H00 (locales et GMT) à Kosyam, le palais de la présidence, pour une rencontre d'une heure.

Isaac Zida est sorti de ce Conseil remonté contre l'ancien régime, dont il affirme vouloir corriger les travers.Cette tâche constituera la base du travail gouvernemental, a-t-il annoncé.

"Le plus urgent, c'est de régler les dossiers pendants en justice" car "il y a eu des attitudes visant à tordre le cou des lois", a lancé le Premier ministre, relayant ainsi le président Michel Kafando, qui, dès son discours d'investiture vendredi, annonçait des sanctions contre le clan Compaoré.

 

- L'affaire Zongo revient -

C'est d'ailleurs au sujet d'une affaire judiciaire enterrée, l'assassinat du journaliste Norbert Zongo, que la première polémique de la nouvelle ère est née, impliquant Adama Sagnon, le nouveau ministre de la Culture, qui fut procureur dans l'affaire Zongo.

Norbert Zongo, journaliste qui enquêtait sur le meurtre de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, le frère de l'ancien président, mourut assassiné en 1998, provoquant plusieurs années de forte mobilisation populaire et aussi celle de l'ONG Reporters sans frontières (RSF).François Compaoré ne fut jamais inquiété par la justice de son pays.

Lundi, des manifestations se tenaient devant le ministère de la Culture pour dénoncer le choix du nouveau ministre, ami de longue date de Zida, ont indiqué des sources concordantes.

"Les manifestations risquent de s'enchaîner.Sagnon, c'est la grosse patate chaude du gouvernement", a observé Souleymane Ouédraogo, dit "Soul", rappeur et cadre du "Balai citoyen", un collectif qui participa activement à la chute de Blaise Compaoré.

"C'est un bon gouvernement, à une ou deux exceptions près", a-t-il par  estimé, se disant "satisfait de l'équilibre" entre civils et militaires au sein du nouvel exécutif.

Le gouvernement de transition du Burkina Faso a été nommé dimanche soir après plusieurs jours d'intenses tractations, avec des militaires aux commandes de l'armée et de la police.

"Vu ce qui s'est passé récemment, l'armée pouvait difficilement s'écarter des affaires publiques et laisser des civils gérer la défense et la sécurité", a observé "Soul".

Le Burkina Faso sort de plusieurs semaines fiévreuses, d'inquiétudes et de tractations, après la chute de Compaoré.L'ex-chef de l'Etat, critiqué pour son népotisme, voulait faire réviser la Constitution afin de prolonger ses 27 années de pouvoir.Sa chute a fait grand bruit sur le continent, où d'autres autocrates, depuis longtemps au pouvoir, veulent mondifier les lois pour rester en place.  

La transition au Burkina Faso doit durer un an et s'achever avec la tenue d'élections démocratiques en novembre 2015.Une première depuis des décennies dans ce pays sahélien pauvre de 17 millions d'habitants, qui n'a connu que des militaires au pouvoir depuis 1966.