Burundi: sous pression internationale, le gouvernement entame des négociations

6 mai 2015 à 7h28 par La rédaction

Bujumbura (Burundi) (AFP)

Le gouvernement burundais a entamé sous la pression internationale des discussions informelles avec les opposants à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza pour trouver une issue à la crise politique qui menace de plonger le pays dans le chaos.

Une délégation de quatre ministres des Affaires étrangères de la région est par ailleurs arrivée mercredi à Bujumbura pour "étudier une sortie de crise", alors que se poursuivaient les manifestations à Bujumbura.

"C'est la réunion de la dernière chance", a affirmé à l'AFP un diplomate sous couvert d'anonymat à propos des négociations entre gouvernement et opposition, qui se déroulent depuis mardi soir sous l'égide de la Mission électorale des Nations unies.

Les deux parties "doivent aboutir à des solutions très concrètes pour que les élections puissent avoir lieu dans des conditions acceptables", a-t-il ajouté, affirmant que la communauté internationale menaçait, en cas d'échec, de ne plus financer le processus électoral.

Une source gouvernementale, s'exprimant aussi sous couvert d'anonymat, a confirmé que le pouvoir avait "accepté de discuter avec quelques partenaires de la société civile et de l'opposition pour trouver une solution".

Un des leaders de la campagne anti-troisième mandat, qui participe à la réunion, s'est cependant d'ores et déjà montré sceptique sur son issue, expliquant que le gouvernement refusait de discuter du coeur du problème: le troisième mandat.

"Nous avons discuté jusque tard dans la nuit", a-t-il expliqué, "mais j'ai peur qu'on ne puisse pas aboutir car le gouvernement ne veut pas discuter du 3e mandat de Nkurunziza.Mais cette question est non négociable pour nous".

- Médiation régionale -

Mercredi, les ministres rwandais, kényan, ougandais et tanzanien des Affaires étrangères sont arrivés à Bujumbura pour rencontrer les acteurs de la crise, a annoncé le ministère burundais des Relations extérieures.

"Ils viennent écouter toutes les parties au conflit et tenter de proposer des voies de sortie de crise", a précisé le porte-parole du ministère, Daniel Kabuto.

Depuis des mois, les communautés internationale et régionale sont à l'oeuvre pour tenter de désamorcer les tensions au Burundi.Elles craignent, comme la population, que le pays ne replonge dans des violences à grande échelle.

Dans les rues de Bujumbura mercredi, des journalistes de l'AFP ont relevé la présence de policiers et de quelques dizaines de manifestants dans plusieurs quartiers périphériques, cohabitant dans le calme.

Des témoins ont malgré tout signalé un face-à-face tendu dans le quartier de Kanyosha, dans le sud de la capitale, entre manifestants et membres des jeunes du parti au pouvoir, les "Imbonerakure", qualifiés de "milice" par l'ONU et accusés d'une campagne d'intimidation contre les anti-Nkurunziza à l'approche des élections.

La police cantonne depuis le début les manifestations en périphérie de Bujumbura pour empêcher les contestataires d'aller faire une démonstration de force en centre-ville, ce qui a donné lieu à de nombreux dérapages depuis dix jours.

Les violences ont déjà fait 14 morts depuis le début du mouvement, dont 10 parmi les manifestants, que le gouvernement qualifie de "terroristes".

Le Burundi tient le 26 mai des élections législatives et communales, et le 26 juin une présidentielle.

Pierre Nkurunziza, élu une première fois par le Parlement en 2005 et une deuxième fois au suffrage universel direct en 2010, a officiellement été investi le 25 avril candidat au scrutin présidentiel par son parti, le Cndd-FDD.

Depuis, les opposants à un troisième mandat, menés par la société civile et une partie de l'opposition politique, manifestent dans les rues de la capitale.

Les opposants à une nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza jugent un troisième mandat inconstitutionnel, ce que le camp présidentiel conteste.

Mardi, la Cour constitutionnelle a donné raison au chef de l'�?tat, une décision que refusent de reconnaître les anti-troisième mandat: selon eux, la Cour est inféodée au pouvoir et son arrêt était joué d'avance.

L'histoire post-coloniale du Burundi a été marquée par une longue et récente guerre civile (1993-2006) qui a fait quelque 300.000 morts, mis l'économie à terre et dont le pays peine encore à se remettre.Elle a aussi été jalonnée de massacres interethniques entre Hutu, dont le pays est très majoritairement peuplé, et Tutsi.