Cameroun: 289 détenus grâciés par le président Biya libérés vendredi

14 décembre 2018 à 9h25 par AFP

AFRICA RADIO

Les 289 personnes détenues pour des faits liés à la crise anglophone au Cameroun, graciées jeudi par le président Paul Biya, seront libérées vendredi, a annoncé le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo.

"Les personnes bénéficiaires de (la) clémence du chef de l'État seront immédiatement remises en liberté à l'issue des audiences publiques des différents tribunaux militaires concernés qui se tiendront ce vendredi 14 décembre", indique un communiqué du ministre lu à la radio d'État.Une liste de tous les bénéficiaires, actuellement détenus dans six prisons de cinq villes camerounaises, sera publiée au terme des audiences de vendredi, ajoute le texte.Jeudi, la présidence camerounaise a annoncé que Paul Biya avait décidé de l'arrêt des poursuites engagées contre 289 détenus de la crise anglophone, sans en préciser les bénéficiaires.Le ministre de la Défense a précisé dans son communiqué que "cette mesure concerne uniquement les personnes dont l'examen approfondi des dossiers (...) devant les juridictions militaires et les dossiers d'enquêtes en cours ont fait ressortir (...) des charges d'une amplitude de gravité relative".La "clémence" présidentielle "ne concerne pas les criminels, les assassins et autres dangereux terroristes", ni "les commanditaires et planificateurs de la pernicieuse crise sécuritaire en cours dans les régions (anglophones) du Nord-ouest et du Sud-ouest", a-t-il ajouté.Ces déclarations laissent à priori supposer que le leader séparatiste anglophone, Julius Sisiku Ayuk Tabe, accusé notamment de "terrorisme" et de "sécession", ne bénéficierait pas de "la clémence" du président Biya.Son procès s'était ouvert le 6 décembre devant le tribunal militaire de Yaoundé, puis renvoyé au 10 janvier. C'était la première fois que M. Tabe, président autoproclamé de l'Ambazonie, nom de l'Etat que les séparatistes veulent créer au Cameroun anglophone, comparaissait depuis son arrestation au Nigeria et son extradition au Cameroun en janvier avec 46 autres personnes.Depuis fin 2017, des dizaines de séparatistes ont pris les armes dans les deux régions anglophones du Nord-ouest et du Sud-ouest pour en finir avec ce qu'ils estiment être "la marginalisation" de la minorité anglophone du Cameroun.Des affrontements entre soldats déployés en nombre et ces séparatistes, regroupés en groupes épars dans la forêt équatoriale, s'y produisent depuis très régulièrement.Plus de 200 membres des forces de défense et sécurité camerounaises ont perdu la vie dans ce conflit ainsi que plus de 500 civils, selon le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).Ce conflit, qui n'a cessé de prendre de l'ampleur, a déjà forcé plus de 437.000 personnes à fuir leur domicile dans ces régions, selon l'ONU.