Cameroun: HRW accuse l'armée du meurtre de 9 civils en zone anglophone en janvier

4 février 2021 à 10h36 par AFP

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L'organisation internationale Human Rights Watch (HRW) a accusé jeudi l'armée camerounaise d'avoir tué "au moins neuf civils" le 10 janvier dans une des zones anglophones du pays en proie à un sanglant conflit séparatiste.

Dans une réponse écrite adressée à l'AFP, l'armée, qui combat depuis près de quatre ans des groupes armés indépendantistes dans deux régions de l'ouest peuplées principalement par la minorité anglophone camerounaise, a accusé HRW d'avoir "dénaturé" les faits.Dès le 11 janvier, elle avait assuré avoir seulement tué "quelques terroristes" dans le village de Mautu, situé dans la région du Sud-Ouest.Mais selon HRW, qui cite dans son communiqué de nombreux témoins et des ONG locales, "une cinquantaine de soldats arrivés à pied (...) ont commencé à tirer sans discernement alors que les gens prenaient la fuite". Les soldats "ont tué au moins neuf civils" dont "une femme de 50 ans et une fille de 6 ans", précise l'ONG.Elle accuse en outre les militaires d'avoir "pillé des dizaines de foyers".Le jour du drame, plusieurs vidéos et photos sur les réseaux sociaux montraient une femme et une enfant manifestement tuées par balles et plusieurs hommes gisant au sol. HRW assure avoir "pu faire correspondre les victimes filmées avec les descriptions des victimes dont il a été établi qu'elles avaient été tuées" et conclut que les vidéos "ont bien été tournées dans les heures suivant l'attaque". Le 11 janvier, l'armée avait assuré que des militaires avaient "mené un raid préventif sur les positions de groupes terroristes" à Mautu, lesquels "avaient immédiatement ouvert le feu sur eux".Dans la riposte, "quelques terroristes ont été neutralisés" (...) "dans le strict respect des règles d'engagement", selon l'armée, qui avait cependant annoncé "une enquête minutieuse". Ses résultats n'ont pas été rendus publics à ce jour.Jeudi, le colonel Cyrille Serge Atonfack Guemo, porte-parole de l'armée, a affirmé dans une réponse écrite à l'AFP que le rapport de HRW était "un récit partisan", "un fatras habituel de morceaux choisis de faits dénaturés".Le 12 janvier, la France avait "condamné" le meurtre de "huit civils" à Mautu, "un crime injustifiable", mais sans en attribuer la responsabilité à quiconque. Le 15, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait "pris note de la volonté du gouvernement d'ouvrir une enquête".Outre des attaques et attentats fréquents visant policiers et soldats, les séparatistes armés multiplient les enlèvements de civils, notamment dans les écoles, et assassinent des habitants qu'ils accusent de "collaborer" avec Yaoundé.Les ONG internationales et l'ONU dénoncent régulièrement des crimes et exactions commis sur les civils par les deux camps, séparatistes armés et militaires, dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ce conflit a fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Le 17 décembre s'est ouvert à Yaoundé le procès, aussitôt ajourné, de trois soldats pour les meurtres de 13 civils, dont 10 enfants, lors d'une opération à Ngarbuh, dans le Nord-Ouest, en février 2020. L'ONU, elle, avait dénombré 23 civils tués, dont quinze enfants et deux femmes enceintes.Le régime du président Paul Biya, 87 ans dont plus de 38 au pouvoir, avait longtemps nié la responsabilité de son armée dans ce drame avant, sous d'intenses pressions internationales, d'ordonner une enquête et faire arrêter ces trois militaires.