Cameroun: l'armée assure avoir tué des séparatistes et non des civils en zone anglophone

Par AFP

AFRICA RADIO

L'armée camerounaise a assuré lundi avoir tué la veille "quelques terroristes" dans un village de l'Ouest en proie à une insurrection séparatiste anglophone, et démenti qu'il s'agissait de civils comme l'en accusent certains médias et ONG locales sur les réseaux sociaux.

"Une enquête minutieuse a été prescrite (...) pour faire toute la lumière" sur ces événements, a toutefois ajouté le colonel Cyrille Serge Atonfack Guemo, porte-parole de l'armée, dans un communiqué.Des militaires "ont mené un raid préventif sur les positions de groupes terroristes" à Mautu, dans la région du Sud-Ouest, explique l'officier, poursuivant: "des individus armés (...) ont immédiatement ouvert le feu" sur les soldats "qui leur ont infligé une réponse appropriée". "Quelques terroristes ont été neutralisés, d'autres blessés ou (mis) en fuite", ajoute le colonel Atonfack."Cette opération a été conduite dans le strict respect des règles d'engagement" mais "des leaders terroristes (...) ont conçu, dans leurs officines occultes, un fatras d'images macabres pour essayer de faire endosser à nos forces de défense un aveugle massacre perpétré à Mautu", lit-on encore dans ce communiqué.Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont été postées montrant des "civils", dont un enfant, manifestement morts, mais aucune n'a pu être authentifiée ni datée. Certaines ONG et médias en ligne locaux accusent les militaires d'avoir "massacré" 10 civils à Mautu, dont au moins un enfant et une femme, sans apporter d'éléments de preuve ni authentifier les vidéos. Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest sont en proie depuis plus de trois ans à un sanglant conflit entre des groupes armés, qui réclament l'indépendance de ces deux régions peuplées principalement par la minorité anglophone camerounaise, et les forces de sécurité.Les civils sont fréquemment pris en tenaille et victimes de crimes et d'exactions des deux camps, selon des ONG internationales et l'ONU. Ce conflit a fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Le 17 décembre s'est ouvert à Yaoundé le procès aussitôt ajourné de trois soldats pour les meurtres de 13 civils, dont 10 enfants, lors d'une opération dans un hameau du Nord-Ouest, Ngarbuh, en février 2020. L'ONU, elle, avait dénombré 23 civils tués, dont quinze enfants et deux femmes enceintes. Le régime du président Paul Biya, 87 ans dont plus de 38 au pouvoir, avait longtemps nié la responsabilité de ses militaires, l'armée assurant que le drame était la conséquence d'un "malheureux accident", l'explosion d'un réservoir de carburant dans un échange de tirs entre les militaires et les "terroristes".Mais après un tollé et d'intenses pressions internationales, le gouvernement avait finalement arrêté trois militaires accusés d'avoir violé les consignes et d'avoir maquillé leur crime en accident dans leur rapport.