Cameroun: libération de deux journalistes écroués en mars à Yaoundé

24 novembre 2010 à 22h23 par La rédaction

YAOUNDE (AFP)

Deux journalistes camerounais écroués à Yaoundé en mars, au même moment que leur confrère Cyrille-Germain Ngota Ngota dit Bibi Ngota, mort en détention en avril, ont été libérés mercredi sur ordre du président Paul Biya, a appris l'AFP auprès d'un des concernés.

Robert Mintya, directeur du journal Le Devoir a annoncé lui même à l'AFP sa libération dans l'aprés midi.Serge Sabouang, directeur du journal La Nation, "a été libéré au même moment que moi", a-t-il ajouté.

"Dès ma libération, je suis allé à l'Eglise dire merci à Dieu.Je dis aussi merci au président Biya puisque nous avons appris que c'est lui qui (avait) ordonné notre libération", a-t-il poursuivi, sans donner d'explication sur le motif de sa libération.

M. Mintya et Sabouang avaient été écroués en mars à la prison centrale de Yaoundé, en même temps que leur confrère Bibi Ngota, patron de Cameroon Express, décédé en détention le 22 avril.

Inculpés de "faux et usage de faux", les trois journalistes avaient été accusés d'avoir imité la signature du Secrétaire général à la présidence, Laurent Esso.L'information judiciaire avait ensuite visé une "co-action de contrefaçon des signatures et timbres, des marques et imprimés" contre MM.Mintya et Sabouang.

Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) a aussitôt salué leur libération."Bien qu'elle intervienne seulement aujourd'hui (mercredi), après une très longue période de détention sans jugement, le SNJC la salue fortement quelqu'en soit le mobile réel et/ou conjoncturel", écrit l'organisation dans un communiqué de presse obtenu par l'AFP.

Au mois de septembre, l'avocat de Sabouang avait estimé que l'information judiciaire visant les deux journaliste "n'avance pas".Courant août et septembre, M. Mintya avait par ailleurs séjourné à l'hôpital central de Yaoundé avant d'être transféré à l'hôpital Jamot, spécialisé notamment dans la prise en charge de problèmes psychiatriques.Il en était sorti le 13 novembre pour retourner à la prison centrale de Yaoundé.

Une enquête judiciaire sur le décès de Bibi Ngota a été ouverte le 23 avril.La France avait demandé que la "lumière soit faite" et les Etats-Unis que l'enquête soit "effectuée de manière globale, transparente et sans délai".

Selon sa famille le journaliste souffrait d'hypertension et d'une hernie nécessitant une opération et n'a pas bénéficié des soins appropriés.Le gouvernement a attribué son décès à des "infections opportunistes" liées au VIH, le virus du sida, entraînant la colère des médecins camerounais et de la famille.

En septembre, le ministre de la Justice camerounais avait déclaré qu'aucune trace de torture n'avait été évoquée dans le rapport d'autopsie établi quatre jours après le décès.Selon son frère, Bruno Ntede, il avait été "torturé en février" par "la DGRE", la Direction générale de la recherche extérieure peu avant d'être écroué le 10 mars à la prison de Yaoundé.