Cameroun: quatre militaires et une civile tués par une bombe en zone anglophone

Par AFP

AFRICA RADIO

Quatre militaires et une civile ont péri mercredi dans l'explosion d'une bombe au passage d'un convoi officiel dans une région anglophone du Cameroun en proie à une insurrection séparatiste, a annoncé le gouvernement qui accuse les rebelles d'avoir commis l'attentat.

Le convoi du préfet du département de la Momo, dans la région Nord-ouest, est tombé dans une "embuscade" tendue par des "terroristes sécessionnistes". "Quatre éléments des Forces de défense nationale ont été tués" ainsi qu'une "déléguée départementale de la Communication", a indiqué le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement René Emmanuel Sadi dans un communiqué, ajoutant que le préfet est sorti indemne de l'attentat.Trois autres personnes ont été blessées dans cette attaque qui s'est produite vers une heure du matin près de la ville de Mbengwi, dans le Nord-Ouest, une des deux régions, avec le Sud-Ouest, peuplée principalement par la minorité anglophone de ce pays majoritairement francophone et où divers groupes armés indépendantistes combattent les forces de Yaoundé pour un Etat indépendant qu'ils veulent appeler Ambazonie.Le cortège visé ramenait le préfet de la Momo et d'autres représentants des autorités locales d'une cérémonie officielle lorsqu'il est "tombé dans une embuscade tendue par des bandes armées sécessionnistes, au moyen d'engins explosifs improvisés, constitués de grosses bombonnes à gaz de forte puissance et de grande capacité destructrice", a relaté M. Sadi.Dans le Cameroun anglophone, l'armée et des groupes séparatistes s'affrontent quasi- quotidiennement depuis trois ans. Les civils sont fréquemment pris en tenaille et victimes de crimes et d'exactions des deux camps, selon des ONG internationales et l'ONU. Ce conflit a fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Outre leurs attaques visant policiers et soldats, les séparatistes armés, surnommés "Amba Boys", multiplient les enlèvements de civils, notamment d'élèves et professeurs dans les établissements scolaires qu'ils accusent notamment de perpétuer l'enseignement en français, et assassinent des habitants qu'ils soupçonnent de "collaborer" avec Yaoundé.De leur côté, les militaires et policiers se livrent fréquemment à des opérations d'intimidation et tuent des civils volontairement ou dans des bavures, selon les ONG internationales et l'ONU.Le 17 décembre s'est ouvert à Yaoundé le procès aussitôt ajourné de trois soldats pour les meurtres de 13 civils, dont 10 enfants, lors d'une opération dans un hameau du Nord-Ouest, Ngarbuh, en février 2020. L'ONU, elle, avait dénombré 23 civils tués, dont quinze enfants et deux femmes enceintes. Le régime de l'inamovible président Paul Biya, 87 ans dont plus de 38 au pouvoir, avait longtemps nié la responsabilité de ses militaires, assurant que le drame était la conséquence d'un "malheureux accident", l'explosion d'un réservoir de carburant dans un échange de tirs entre les militaires et les "terroristes".Le massacre avait provoqué un tollé dans le monde et, après d'intenses pressions internationales exercées sur M. Biya, le gouvernement avait finalement arrêté trois militaires accusés d'avoir violé les consignes et d'avoir maquillé leur crime en accident dans leur rapport.