Cameroun: un soldat tué dans le nord-ouest anglophone, 22 opposants arrêtés

9 mars 2018 à 17h38 par La rédaction

Yaoundé (AFP)

Un soldat a été tué et trois élèves blessés mercredi lors d'une attaque de "milices terroristes" anglophones à Batibo, dans une province du nord-ouest du Cameroun où deux responsables administratifs avaient été enlevés en février, a annoncé vendredi un ministre camerounais.

"Au cours (d'une) attaque perpétrée à l'aide d'armes de guerre, un soldat camerounais a perdu la vie et trois élèves ont été blessés" mercredi à Batibo, a annoncé le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, dans un communiqué lu sur les antennes de la radio d'Etat.

Des séparatistes ont attaqué une école "avec pour objectif manifeste l'enlèvement des élèves de cet établissement scolaire" a affirmé le ministre en précisant que les forces de sécurité étaient intervenues.

Par ailleurs, "une cache d'armes et d'engins explosifs (a été) récemment découverte à Batibo" tandis que "18 cas de viols de filles âgées de 13 à 18 ans, dont certaines sont enceintes", ont été rapportés, selon M. Antanga Nji.

Un sous-préfet avait été enlevé par des séparatistes anglophones à Batibo le 11 février alors qu'un responsable régional du ministère des Affaires sociales y a été kidnappé treize jours plus tard, le 24 février.Les deux étaient toujours en captivité vendredi.

A Yaoundé, vingt-deux militants d'un petit parti anglophone d'opposition, le Cameroon people's party (CPP), ont été interpellés par la police vendredi et n'étaient toujours pas libérés en début de soirée, selon un responsable de cette formation politique.

"L'interpellation a eu lieu suite à une manifestation de femmes (initiée par le CPP) pour demander qu'on stoppe les tueries dans le nord-ouest et le sud-ouest" anglophones, a déclaré à l'AFP Frank Essi, secrétaire général du parti.

Parmi les personnes interpellées figurait la présidente du parti, Edith Kah Walla, candidate malheureuse à la présidentielle de 2011, selon la même source.

"La manifestation visait aussi à demander au chef de l'Etat qu'il les reçoive la semaine prochaine pour parler des solutions aux crises (dont la crise anglophone) auxquelles le Cameroun est confronté", a ajouté le responsable politique, joint par téléphone.

-'Attaques à moto'-

Une "interdiction provisoire" de sept à dix jours "selon les cas" de la circulation des motos, de jour comme de nuit, dans certaines localités des régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest, a aussi été annoncée par le ministre Atanga Nji dans son communiqué sur les antennes de la radio d'Etat.

Trois arrondissements dans le nord-ouest, dont celui de Batibo, l'ensemble du département du Dian et six arrondissements dans le sud-ouest sont concernés, selon le décompte de l'AFP fait à partir de données officielles.

"Il apparaît que, de plus en plus, le mode opératoire des terroristes sécessionnistes consiste à lancer des assauts successifs à l'aide de dizaines de motocyclettes, ayant chacune à son bord un conducteur et un malfrat armé", a justifié M. Atanga Nji.

"Ce mode opératoire a déjà permis à ces terroristes d'assassiner 27 éléments des forces de sécurité et d'incendier plusieurs édifices publiques, écoles, centres hospitaliers, marchés, domiciles privés, ainsi que des véhicules, dans les deux régions", a-t-il énuméré.

Des actions de représailles de l'armée ont été menées ces derniers jours à Batibo, selon certains séparatistes actifs sur les réseaux sociaux.

La situation sécuritaire des régions anglophones du Cameroun s'est considérablement dégradée depuis que 47 séparatistes, dont leur leader Sisiku Ayuk Tabe, ont été extradés, fin janvier, du Nigeria vers le Cameroun.

A ce jour, de sources concordantes, aucun de leurs proches ou avocats n'a eu accès à eux.