Centrafrique: "accord tacite" entre une filiale de Castel et des groupes armés, selon une ONG

18 août 2021 à 5h01 par AFP

AFRICA RADIO

Une filiale du groupe français Castel a apporté durant plusieurs années un soutien financier à des groupes armés en Centrafrique en échange de la sécurisation d'une usine, affirme un rapport publié mercredi par l'ONG The Sentry évoquant un "accord tacite", démenti par l'entreprise.

Selon l'ONG américaine, spécialisée dans la traque de l'argent sale, la Sucrerie Africaine de Centrafrique (Sucaf RCA), filiale de la Société d'organisation, de management et de développement des industries alimentaires et agricoles (Somdiaa), elle-même contrôlée à 87% par le géant viticole Castel, a "négocié un arrangement sécuritaire" avec notamment l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), un groupe armé accusé d'exactions, pour "sécuriser l'usine et les champs de canne à sucre" et "tenter de protéger le monopole de la société". En échange, la Sucaf RCA a mis en place un "système sophistiqué et informel pour financer les milices armées par des paiements directs et indirects en espèces, ainsi que par un soutien en nature sous forme d'entretien des véhicules et de fourniture de carburant", selon The Sentry."Il n'existe à notre connaissance aucun arrangement passé par la direction de Sucaf RCA et aucun soutien d'aucune sorte n'a été fourni", a réagi auprès de l'AFP Alexandre Vilgrain, président de la Somdiaa.Interrogé, le groupe Castel n'a pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.La Centrafrique, deuxième pays le moins développé au monde selon l'ONU, est plongée depuis 2013 dans une grave crise politico-militaire. A la suite d'une guerre civile, des pans entiers de territoires sont passés sous le contrôle de groupes rebelles qui en accaparent les ressources.La raffinerie de la Sucaf RCA et les 5.137 hectares de plantation de canne à sucre se trouvent à Ngakobo, à 400 km à l'est de la capitale Bangui, dans la préfecture de la Ouaka, contrôlée de fin 2014 à début 2021 par l'UPC, un des principaux groupes armés du pays.Selon The Sentry, le chef de l'UPC Ali Darassa et celui qui était alors son numéro deux, Hassan Bouba, les principaux bénéficiaires de cet "accord tacite" avec la Sucaf RCA, sont responsables de l'attaque d'un camp de déplacés en novembre 2018 à Alindao, qui a entraîné la mort d'au moins 112 personnes, dont 19 enfants.Des rapports de sécurité internes, recueillis par The Sentry et consultés par l'AFP, montrent que la direction de la Somdiaa à Paris était informée des exactions commises par les groupes armés dans la préfecture de la Ouaka.Cet arrangement sécuritaire "aurait pris fin début 2021", selon The Sentry. Les membres de l'UPC ont été chassés de la zone par une contre-offensive des forces armées centrafricaines ainsi que des paramilitaires russes.