Centrafrique: Ban Ki-moon demande l'envoi de 6.000 casques bleus

19 novembre 2013 à 11h54 par La rédaction


Libreville (AFP)

La République centrafricaine (RCA) continue de s'enfoncer dans le chaos, au rythme des violences quotidiennes dans les provinces reculées comme à Bangui, poussant le secrétaire général de l'ONU à demander l'envoi de 6.000 casques bleus.

Le pays vit au rythme d'affrontements entre chrétiens et musulmans, entre groupes "d'auto-défense" et ex-rebelles (parvenus au pouvoir en mars après avoir renversé le président François Bozizé), auxquels s'ajoutent une forte poussée du banditisme dans la capitale Bangui, où de nombreuses armes circulent.

La Centrafrique a atteint "un niveau alarmant de violence inter-communautaire" entre chrétiens et musulmans, a averti lundi le patron de l'ONU Ban Ki-moon, disant craindre un "conflit religieux et ethnique à l'échelle du pays avec le risque d'aboutir à une spirale incontrôlable débouchant sur des atrocités".

Après une relative accalmie, les violences se sont de nouveau enchainées depuis début novembre à Bangui.Elles ont culminé le 17 avec l'assassinat d'un haut magistrat, "froidement abattu" par d'anciens rebelles, qui a provoqué des heurts où deux civils ont été tués.

"La ville de Bangui est devenue le théâtre de violences de tous genres allant des braquages, des vols à main armée, aux assassinats", avait expliqué quelques jours plus tôt le procureur de la capitale Ghislain Grézenguet.

"Les parents des victimes de ces actes criminels appuyés par une partie de la population mécontente ont systématiquement érigé des barricades et brûlé des pneus sur la voie publique en guise de représailles", a-t-il souligné.

Sur le plan humanitaire, la crise a provoqué le déplacement de plus de 400.000 personnes, et plus d'un million de Centrafricains, soit 20% de la population, sont menacés de disette dans les mois à venir, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Dans la plupart des régions, les populations continuent de subir le harcèlement et les pillages des ex-rebelles et de nombreux villages ont été vidés de leurs habitants, qui préfèrent désormais se cacher en brousse dans des conditions sanitaires déplorables.

Une force africaine sans moyens d'action

Face à cela, la force militaire de la Mission internationale de soutien en Centrafrique (Misca), mise en place par l'Union africaine (UA), peine à tenir son rôle.

La Misca était censée sécuriser le pays avec un effectif de 3.652 hommes, mais seuls 2.500 sont effectivement disponibles, manquant d'entraînement, de moyens matériels et financiers. 

Pourtant, après la médiation et la mise en place d'une première force internationale par les chefs d'Etat d'Afrique centrale, l'UA avait voulu montrer ses capacités de gestion de crise en étant très présente sur le dossier centrafricain et en reprenant en main les troupes africaines sur place.

"Il est clair que Ban voudrait une opération de maintien de la paix (OMP), estime un diplomate.Mais les Africains souhaitent gérer cette affaire eux-mêmes autant que possible, donc la première étape devrait être un fonds" pour donner davantage de moyens à la Misca, a commenté Philippe Bolopion, directeur auprès de l'ONU de Human Rights Watch.

"Il est urgent de traiter cette crise avant qu'elle n'échappe à tout contrôle", a martelé M. Ban, dont la proposition va du soutien logistique à la Misca, par l'intermédiaire d'un fonds géré par l'ONU et alimenté volontairement par les �?tats membres, jusqu'à l'envoi de Casques bleus, en passant par une opération hybride comme celle menée en Somalie où une force de l'UA, l'Amisom, est financée par l'ONU).

Une éventuelle OMP aurait un effectif allant de 6.000 à 9.000 soldats selon la gravité de la situation, plus environ 1.700 policiers, estime un rapport de l'ONU basé sur une mission d'évaluation menée du 27 octobre au 8 novembre.

Mi-octobre, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius avait déjà annoncé à Bangui l'envoi de troupes supplémentaires en Centrafrique tout en exigeant l'organisation d'élections libres début 2015 dont le pouvoir actuel serait exclu.

Selon une source diplomatique, les troupes de l'ancienne puissance coloniale, dont l'effectif actuel est de 400, pourraient atteindre 750 voir 1.200 hommes.