Centrafrique: Hollande à Bangui juge qu'il 'était "temps d'agir"

10 décembre 2013 à 20h04 par La rédaction

Bangui (AFP)

Le président français François Hollande a jugé mardi soir à Bangui qu'il "était temps d'agir" en Centrafrique pour éviter un carnage, après s'être recueilli dès son arrivée devant la dépouille des deux soldats tués la veille dans la capitale centrafricaine.

Venu d'Afrique du Sud, où il a assisté le jour-même à la cérémonie d'hommage à Nelson Mandela, M. Hollande s'est immédiatement recueilli devant les cercueils des deux soldats du 8e régiment parachutiste d'infanterie de marine de Castres (sud) à l'aéroport de la ville, où est basé l'essentiel du dispositif de l'opération française Sangaris, 1.600 hommes au total.

Les deux hommes ont été tués dans la nuit au cours d'un accrochage avec des assaillants non-identifiés dans quartier proche de l'aéroport.Il s'agit des premières pertes françaises depuis le déclenchement jeudi soir de l'intervention française Sangaris, dans la foulée d'un feu vert de l'ONU.

"L'émotion, elle est évidente après ce qui s'est produit: deux soldats qui sont morts pour la mission qui leur avait été confiée, qui se poursuit, et d'autres soldats qui sont encore en ce moment même, au moment où je suis présent, sur le terrain, pour pacifier cette ville et ce pays", a déclaré le président.

"Il était temps d'agir (...) Ici même à Bangui près de 400 personnes ont été tuées.Il n'était plus le temps de tergiverser", a déclaré M. Hollande devant les troupes françaises, alors que la ville - placée sous couvre-feu - était survolée en permanence par des avions et des hélicoptères de combat.

"La France, ici en Centrafrique, ne recherche aucun intérêt pour elle même (...) La France vient défendre la dignité humaine", a ajouté le président français.

"Antoine et Nicolas (NDLR: prénoms des deux soldats)" sont morts pour la France, pour une belle mission où ils ont donné leur vie pour en sauver d'autres", a-t-il ajouté.

Les soldats français ont pour mission de "rétablir la sécurité, protéger les populations et garantir l'accès de l'aide humanitaire" en République centrafricaine, pays livré au chaos et à une spirale infernale de violences inter-religieuses depuis la prise du pouvoir en mars 2013 par une coalition hétéroclite de groupes rebelles à dominante musulmane.

Rencontre avec le président Djotodia

Sa visite intervient au deuxième jour des délicates opérations de désarmement des milices et groupes armés qui sévissent à Bangui, où la situation reste très instable, avec des pillages et des tentatives de représailles contre les civils musulmans.

Dans les faits, le désarmement vise en priorité les combattants de l'ex-rébellion Séléka, jusqu'à présent tout-puissants dans la capitale où ils se sont rendus coupables de nombreuses exactions sur la population.

Alors que ces éléments de la Séléka avaient totalement disparu des rues lundi, quelques-uns ont fait leur réapparition à bord de leur pick-ups, apparemment avec l'accord tacite des soldats français et de la force africaine (Misca).

Selon l'état-major français, la quasi-totalité des groupes armés ont été désarmés sans incident majeur et en moins de 24 heures, avec le soutien de la Misca.Les bases des Séléka dans les quartiers ont été évacuées, et leurs combattants rassemblés dans plusieurs camps militaires.

Lors de son passage, M. Hollande devait rencontrer ensuite les responsables religieux du pays et les autorités de transition, dont le président Michel Djotodia, ex-chef de la Séléka qu'il avait très vivement critiqué samedi dernier et qui a présenté mardi soir "ses condoléances" à la France dans un message radio-diffusé.

Le président français avait notamment accusé l'ancien chef rebelle d'avoir "laissé faire" les massacres inter-religieux de ces derniers jours.

M. Hollande devait appeler les responsables politiques centrafricains "à leur sens des responsabilités" et leur demander de "faciliter par tous les moyens le retour au calme", selon son entourage.

Le spectre du "match retour"

L'urgence pour les militaires français semble désormais de contenir la vengeance des populations de la capitale, en très grande majorité chrétiennes, contre les ex-Séléka et la minorité civile musulmane qui y est associée.

Frustrés d'avoir été désarmés et cantonnés dans leurs bases, beaucoup d'hommes de la Séléka sont de leur côté furieux d'avoir été privés par les Français de tout moyen de se défendre --avec leurs familles et leurs proches-- face à la vindicte populaire.

En France, le parlement français s'est réuni pour discuter de l'opération Sangaris, pour un débat qui ne fera pas l'objet d'un vote.

"Notre intervention sera rapide, elle n'a pas vocation à durer", a assuré à cette occasion le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, jugeant que la France n'agissait pas en "gendarme de l'Afrique" mais "répond à l'appel de ses partenaires africains et fait face à l'urgence absolue de prévenir une spirale de massacres".

Sangaris avait d'abord été présentée comme une intervention relativement rapide et à vocation essentiellement "humanitaire".Elle vise aujourd'hui, selon Paris, à désarmer tous les groupes armés, à moyen terme à ramener la stabilité dans un pays en totale décomposition et à organiser des élections libres "avant 2015" en remplacement du régime actuel.

Très peu d'informations arrivent par ailleurs des provinces, coupées du reste du pays, où beaucoup redoutent de découvrir de nombreux cadavres dans la brousse.

"Nous sommes dans une dynamique infernale de représailles", avec le spectre d'un +match retour+ des milices d'auto-défense villageoises (chrétiennes) et de nouvelles tueries de la Séléka dans leur retraite vers leurs bastions du nord, s'alarmait une source humanitaire.

A la morgue de l'hôpital de Bangui, la Croix-Rouge a chargé une centaine de cadavres, enveloppés dans des linceuls blancs, où ils étaient conservés depuis les tueries de la semaine dernière, à bord de deux camions pour les inhumer dans une fosse commune.