Centrafrique: Hollande lance un "cri d'alarme" à la tribune de l'ONU

Par La rédaction

New York (AFP)

Le président français François Hollande a lancé mardi à la tribune de l'ONU un "cri d'alarme" face à l'anarchie en République centrafricaine et réclamé un renforcement de la force panafricaine existante pour stabiliser un des pays les plus pauvres du monde.

Dans son discours devant la 68e assemblée générale de l'ONU, M. Hollande a demandé que le Conseil de sécurité "donne un mandat et accorde un soutien logistique et financier" à cette force, "dont la première mission sera de rétablir l'ordre".Après le Mali, "c'est la Centrafrique qui doit nous alarmer", a-t-il déclaré. 

"Le chaos s'est installé et les populations civiles en sont les premières victimes", a-t-il déploré."Nous devons mettre un terme aux exactions, qui prennent également des formes confessionnelles".

L'anarchie règne en RCA depuis la prise du pouvoir en mars par une coalition rebelle, la Séléka, qui a renversé le président François Bozizé.Les défenseurs des droits de l'homme accusent les ex-rebelles de nombreuses exactions contre la population, et la situation humanitaire se dégrade.

Une force panafricaine, la Misca (Mission internationale de soutien à la centrafrique), est présente en RCA, sous l'égide de l'Union africaine, pour appuyer le gouvernement de transition.Mais elle manque cruellement de moyens et ne compte pour l'instant que 1.400 soldats et policiers (congolais, camerounais, gabonais, tchadiens) sur un effectif prévu de 3.600 hommes.

Selon des diplomates, Paris veut proposer rapidement au Conseil de sécurité un projet de résolution permettant de "faire monter en puissance" la Misca, qui pourrait à terme se transformer en mission de maintien de la paix de l'ONU.

Mercredi à New York, la France co-présidera avec l'ONU et l'Union européenne une réunion ministérielle sur la Centrafrique, à laquelle partiperont aussi l'Union africaine, les Etats-Unis et les voisins de la RCA.

La France redoute non seulement une catastrophe humanitaire et la poursuite des meurtres, viols et pillages par des éléments incontrôlés de la Séléka, mais aussi une "somalisation" du pays, en référence à la Somalie quand ce pays était livré à l'anarchie et à des groupes armés.

"Nous ne voulons pas laisser une situation déjà très grave dégénérer avec un Etat qui n'aurait plus d'Etat que le nom et qui, par contagion, entraînerait une situation extrêmement difficile dans l'ensemble de la région", a expliqué lundi à la presse le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius."La RCA est au contact de beaucoup de pays qu'il faut préserver et il est impérieux de renforcer la Misca".

Toutefois, a souligné M. Hollande mardi dans une conférence de presse à l'Onu, la situation n'est pas la même qu'au Mali, où l'armée française est intervenue pour chasser les islamistes radicaux du nord du pays avant de passer le relais à l'ONU."Ce ne sont pas des groupes terroristes comme au Mali, mais des bandes qui sèment le désordre et la désolation", a-t-il noté.

Besoin d'aide urgente pour un tiers de la population

"Il ne s'agit pas, a-t-il affirmé, d'une intervention française" même si la France est prête à apporter sa contribution (formation, encadrement) à l'action de la Misma.

La France a déployé 450 hommes sur place pour sécuriser l'aéroport et protéger ses ressortissants, et a laissé entendre qu'elle pourrait porter, si nécessaire, cet effectif à 750 soldats.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi tiré la sonnette d'alarme dans son discours d'ouverture de l'Assemblée générale. 

Constatant que "des millions de personnes sont coupées de toute assistance et risquent d'être victimes d'exactions", il a déploré que l'appel de fonds en faveur de la RCA n'ait suscité que des "contributions désespérément insuffisantes".Seuls 37% des 195 millions de dollars requis pour la RCA ont été financés.

L'Union européenne vient cependant d'augmenter son aide humanitaire, la portant à 20 millions d'euros (27 millions de dollars), et promet de soutenir financièrement la Misca.

Mais c'est encore peu au regard des besoins: selon l'ONU, 1,6 million de Centrafricains, soit un tiers de la population, a besoin d'une aide humanitaire d'urgence, et plus de 270.000 ont été déplacés ou se sont réfugiés dans les pays voisins.