Centrafrique: l'armée française montre sa force, va désarmer "tous les groupes armés"

7 décembre 2013 à 18h46 par La rédaction

Bangui (AFP)

L'armée française a renforcé samedi dans l'urgence son dispositif en Centrafrique, avec l'arrivée triomphale de renforts terrestres dans l'ouest et un dispositif musclé à Bangui, chargés en priorité de désarmer "milices et groupes armés" qui sévissent dans le pays.

Dans la matinée, près de 200 militaires français de l'opération Sangaris, venus par la route du Cameroun, ont fait leur entrée à Bouar (ouest), où ils ont été accueillis en sauveurs par la population.

A Bangui, les soldats français sont montés en puissance dans les rues toujours jonchées de cadavres, après les tueries inter-religieuses de jeudi qui ont fait près de 300 morts.

Depuis Paris, le président François Hollande a annoncé à l'issue d'un sommet France-Afrique que le contingent français atteindra 1.600 hommes dès samedi soir, soit 400 de plus qu'annoncé jusqu'à présent.

Les soldats de Sangaris auront désormais pour mission prioritaire de mettre fin aux massacres et de "désarmer toutes les milices et groupes armés qui terrorisent les populations", a expliqué M. Hollande.

Ils demeureront dans le pays "autant que nécessaire pour cette mission", et jusqu'à la tenue d'élections, a souligné le chef de l'Etat français, alors que Paris n'évoquait jusqu'à présent qu'une intervention limitée dans le temps, autour de six mois.

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a lui jugé "urgent d'éviter toute détérioration supplémentaire" de la situation.

Quelques heures plus tôt, venue du Cameroun, une colonne blindée d'environ 200 soldats français avait traversé la frontière à 07H15 (06H15 GMT) et atteint dans la matinée la ville de Bouar (370 km au nord-ouest de Bangui), sous les applaudissements d'une foule en liesse saluant les "libérateurs".

Massés sur le bord de la route, femmes et enfants sautaient de joie en dansant, ou feignaient de balayer la route avec des branches en signe de bienvenue sur le passage des Français.

"Entrez comme chez vous!"

Les hommes brandissaient le poing en signe de victoire et applaudissaient: "entrez comme chez vous!", lançait l'un d'entre eux."Sauvez nous!on a trop souffert!", s'égosillait un autre, en référence aux exactions de l'ex-rébellion Séléka (au pouvoir) sur les populations locales.

Longtemps base militaire française, Bouar est un centre névralgique de l'ouest de la Centrafrique, sur l'axe routier reliant ce pays enclavé à la ville portuaire de Douala, au Cameroun.

La zone voisine, la région de Bossangoa, a été le théâtre ces dernières semaines de violences à grande échelle entre les combattants Séléka et les populations locales, très majoritairement chrétiennes.

Dans Bangui, les militaires français quadrillaient samedi les principaux axes, alors que reprenait un semblant de vie.Blindés postés aux carrefours, patrouilles à pied, survol d'avions de chasse à basse altitude: après avoir été comme pris de court par les tueries de jeudi, les soldats français de "Sangaris" (du nom d'un papillon rouge local) ont montré leur force.En fin de journée, des hélicoptères ont tournoyé au-dessus de la ville.

Cadavres en putréfaction dans les rues

"Ca nous rassure de voir les Français.On attend la libération des Centrafricains", témoignait un commerçant, résumant l'état d'esprit des Banguissois traumatisés.

Les combattants de la Séléka, qui avaient reçu la veille l'ordre des autorités de rester dans leurs casernes, se sont contentés d'observer le déploiement des Français, impassibles et l'arme au pied.

Les personnels de la Croix-rouge ont continué leur macabre ramassage des cadavres mutilés qui jonchent encore certaines rues et dégagent une odeur pestilentielle.

Alors que la ville a connu un semblant de reprise d'activités, la présidence centrafricaine a appelé les fonctionnaires à retourner au travail.Signe cependant de la peur toujours omniprésente dans les esprits, les rues se sont vidées dès l'après-midi, bien avant l'heure du couvre-feu (18H00).

Dans la foulée d'un feu vert de l'ONU, l'opération française avait été lancée jeudi soir, sur ordre du président Hollande, en appui à une force africaine sur place (Misca).

Cinq compagnies de combat sont désormais présentes en RCA, appuyées par quatre hélicoptères Puma et de deux Gazelle, et le soutien aérien d'avions de chasse Rafale basés au Tchad voisin.

Selon l'état-major français, la densité des patrouilles françaises, à pied ou motorisées, a été multipliée par trois sur les principaux axes de Bangui, mais aussi les voies secondaires.Des patrouilles conjointes ont été conduites avec la Misca.

Les Séléka l'arme au pied

Des détachements de cette force africaine sont allés sécuriser deux églises de la ville où des habitants terrorisés vivaient reclus depuis 48 heures, sous la menace des combattants armés rôdant dans le voisinage.

Des milliers de personnes, venues des quartiers de Boeing et Boy-Rabe, restaient réfugiés près de la base française sur l'aéroport par crainte des violences des ex-rebelles.

Les hommes en armes, pour la plupart éléments de l'ex-Séléka, étaient également nettement moins nombreux à déambuler que les jours précédents dans la capitale, où seules les forces africaine, française et la sécurité présidentielle sont désormais autorisées à patrouiller.

Après avoir subi des mois durant les exactions des ex-rebelles Séléka, venus du nord du pays et pour la plupart musulmans, beaucoup de Centrafricains, très majoritairement chrétiens, aspirent à la vengeance.Cette colère des populations contre les Séléka s'est progressivement reportée contre les civils musulmans, avec massacres et cycle infernal des représailles.

Jeudi, des groupes armés anti-Séléka infiltrés dans Bangui avaient lancé une offensive dans plusieurs quartiers.Ces incidents avaient débuté quelques heures avant le vote d'une résolution à l'ONU donnant mandat à la force africaine et à l'armée française pour rétablir la sécurité en RCA.