Chassés-croisés de familles libyennes à la frontière tunisienne

25 août 2011 à 11h48 par La rédaction

DEHIBA (Tunisie) (AFP) - (AFP)

Dans les voitures, il y a les enfants, les personnes âgées, les jouets et les couvertures.Les uns rentrent chez eux en "Libye libre" heureux et impatients après des mois réfugiés en Tunisie, d'autres fuient inquiets Tripoli toujours théâtre de combats intenses.

Au petit poste de Dehiba à la frontière entre la Libye et la Tunisie, les Libyens ne cessent de se croiser.Depuis le début de l'opération rebelle samedi pour arracher la capitale libyenne à Mouammar Kadhafi, plus de 10.000 ont franchi la frontière de part et d'autre.

D'abord pour Nalout, près de la frontière, puis Zenten, centre névralgique de la rébellion dans l'ouest, et maintenant Zawiyah libérée à peine samedi et aussi Tripoli: plus de 4.800 sont rentrés chez eux.

Arrivés en Tunisie dans l'angoisse, à la hâte, pour fuire les combats, il y a deux ou six mois, ils repartent heureux, pressés de rentrer à la maison.

La famille Chembi rentre à Zawiyah (40 km à l'ouest de Tripoli) avec un nouveau-né, venu au monde il y a trois mois "en exil"."C'est le bébé de la révolution ! Ce sera le premier de la famille à n'avoir connu que la Libye libre", s'émeut sa mère Fatma, 28 ans, dans la voiture bourrée à craquer, une autre fillette sur les genoux.

Ils avaient fui il y a quatre mois, pour Zenten chez des amis puis à Tunis dans une location hors de prix, se débrouillant pour travailler cahin-caha.Leur maison, ont-ils appris, n'a pas souffert des combats."On s'est renseigné, on a appelé nos cousins à Zawiyah, là-bas tout le monde dit que ça va.On va avoir une nouvelle vie dans une nouvelle Libye", se réjouit le père Saad, commerçant de 34 ans.

D'autres rentrent avec plus d'appréhension dans cette ville côtière qui a été âprement défendue par les forces loyalistes.Lofthi Chawi, qui arrive de Tunis, n'a plus de maison.Ecrasée par des roquettes Grad la semaine dernière.Il habitera chez des parents.

Et "il paraît qu'il y a encore des combats entre pro et anti-Kadhafi", dit ce militaire de 26 ans qui a déserté il y a cinq mois.Mais il se dit heureux."Je veux voir ma ville.Et si c'est encore la guerre là-bas, je vais me battre".

Certains rentrent en reconnaissance.Comme Mohamed Chebli, qui habite Tripoli près de Bab al-Aziziya, le QG du leader libyen tombé mardi entre les mains des rebelles après de féroces combats."Ma famille est réfugiée à Benghazi (est), je suis le premier à rentrer, je vais voir la situation et si ça va je vais leur dire de venir", explique cet étudiant de 18 ans.

Entre les longues files de voitures, dans l'agitation des douaniers et des policiers tunisiens, alors qu'une ambulance évacue un blessé - un photographe français blessé mercredi à Bab al-Aziziya -, des responsables du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) enregistrent les entrants et les sortants.

Car ils sont nombreux aussi ceux qui quittent la Libye.Plus de 6.000 depuis samedi.Certains pour venir chercher leur famille en Tunisie afin de la rapatrier, d'autres fuyant les combats dans la capitale.

"Tripoli, c'est très dangereux, je pars mettre ma famille en sécurité", lâche Ali Salem, fonctionnaire de 50 ans, au volant d'un break rempli de sacs et valises, d'un réfrigérateur, de jouets et de couvertures sur lesquelles se serrent ses six enfants.

Ils habitent un quartier nord de la capitale où ils n'osaient guère quitter leur maison sans électricité, craignant voleurs, snipers et bombardements de l'Otan."Tout le monde a peur de sortir.Peur que les loyalistes reviennent mener un assaut contre Tripoli pour se venger des rebelles", poursuit-il.

Plusieurs arrivants de la capitale refusent de s'exprimer."Je suis sûr que parmi eux beaucoup sont des kadhafistes qui se sauvent", maugrée dans un coin un des chauffeurs tunisiens qui font des allers-retours entre les deux pays.