Conférence sur la "Libye nouvelle" à Paris, mais Kadhafi veut "résister"

Par La rédaction

PARIS (AFP) - (AFP)

L'ONU et les grandes puissance ont tracé jeudi à Paris une feuille de route aux nouvelles autorités de Tripoli, appelées à se garder de l'extrémisme en échange d'un soutien politique et financier, alors que Mouammar Kadhafi, en fuite, continuait d'appeler à la résistance. 

Quarante-deux ans, jour pour jour, après la prise du pouvoir par Mouammar Kadhafi, et six mois après le sommet de Paris qui a lancé l'intervention militaire internationale contre le "guide" libyen, une soixantaine de pays et organisations se sont retrouvés jeudi en fin d'après-midi pour une réunion de deux heures.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a demandé aux dirigeants de la "Libye nouvelle" de "combattre l'extrémisme", alors que des doutes sont apparus sur certains dirigeants rebelles, jugés proche des islamistes ou d'Al-Qaïda.

"Les nouvelles autorités libyennes vont devoir continuer à lutter contre l'extrémisme violent et travailler avec nous pour s'assurer que les stocks d'armes de Kadhafi ne deviennent pas une menace pour les voisins de la Libye et le monde", a-t-elle demandé lors de cette conférence des "amis de la Libye".

Sur le terrain, les rebelles confortaient leurs positions en attendant de s'attaquer à Syrte, dernière grande ville tenue par les fidèles de Mouammar Kadhafi, qui reste introuvable.Ils ont prolongé d'une semaine leur ultimatum et leur ont laissé jusqu'au 10 septembre pour se rendre.

Mais l'ex-homme fort de Libye a appelé jeudi ses partisans à "poursuivre la résistance", estimant qu'il y a des "divergences" entre les rebelles et l'Otan, dans des extraits d'un message audio diffusés par la télévision Arrai.

"Nous ne nous rendrons pas (...).Nous allons poursuivre le combat", a-t-il lancé.

Cherchant à favoriser le plus large consensus autour du Conseil national de transition (CNT), l'instance dirigeante de la rébellion libyenne, Nicolas Sarkozy a convié, avec le Premier ministre britannique David Cameron, les soutiens des rebelles comme les anciens alliés de Mouammar Kadhafi.

 Tous ont pris acte de la chute du régime de Kadhafi, mais certains, hostiles à l'intervention militaire, rechignaient jusqu'alors à entériner la victoire du CNT.Le sommet de Paris précipite les choses.

La Russie a reconnu jeudi matin le CNT comme "autorité au pouvoir".Pékin, qui s'était comme Moscou abstenu lors du vote au Conseil de sécurité de la résolution 1973 qui a permis l'intervention internationale en mars, a dit attacher "de l'importance à la position et au rôle considérable du CNT pour résoudre la crise".

Et le voisin algérien, qui a accueilli sur son sol des enfants et l'épouse de Mouammar Kadhafi, a promis une reconnaissance du CNT dès qu'il aura formé "un nouveau gouvernement représentatif de toutes les régions du pays".

Etaient présents des membres de la coalition, comme l'Italien Silvio Berlusconi et l'Américaine Hillary Clinton.Mais aussi les patrons de la Ligue arabe Nabil al-Arabi et de l'ONU Ban Ki-moon, ainsi que l'Allemande Angela Merkel et des représentants chinois, russe ou algérien.Seule l'Afrique du Sud boude la conférence.

Mais outre les mises en garde, américaines notamment, l'ONU veut avoir un droit de regard sur la transition en cours en Libye et Ban Ki-moon s'est prononcé pour l'envoi rapide d'une mission dans le pays.

"J'ai l'intention de travailler étroitement avec le Conseil de sécurité pour mandater une mission de l'ONU, qui devra débuter ses opérations dans un délai le plus court possible", a-t-il dit.

L'heure est désormais à la reconstruction, une "nouvelle ère de coopération avec la Libye démocratique", selon Nicolas Sarkozy.Et aussi au partage du gâteau pétrolier libyen, dont les pays moteurs de la coalition espèrent une large part.

Dès jeudi, l'Union européenne a levé ses sanctions à l'encontre de 28 "entités économiques" libyennes --des ports ainsi que des sociétés du secteur énergétique et bancaire-- pour aider au redémarrage de l'économie.

 Le président du CNT Moustapha Abdeljalil et son numéro 2 Mahmoud Jibril devaient avant tout renouveler leur demande de déblocage des avoirs gelés de la Libye et présenter leurs besoins urgents en matière de reconstruction.

A ce jour, trois enveloppes d'1,5 milliard de dollars ou d'euros chacune ont été libérées des comptes américains, britanniques et français, sur un pactole estimé à plus de 50 milliards de dollars.Les Pays-Bas ont annoncé jeudi qu'ils voulaient débloquer 2 milliards de dollars d'avoirs libyens.

Paris a précisé que le "business" ne figurait pas à son ordre du jour mais selon le quotidien Libération, la France, premier pays à avoir reconnu le CNT, aurait conclu un accord avec les rebelles lui attribuant 35% du pétrole libyen.Un accord démenti par des représentants du CNT, à Paris et à Londres.

Une conférence de presse finale était prévue en début de soirée.