Confronté à de nombreux défis, le Soudan observe fiévreusement l'Egypte

Par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Pendant que le mouvement de protestation s'étend en Egypte, le Soudan voisin observe nerveusement, confronté lui-même à de nombreux défis dus aux difficultés économiques, à la sécession annoncée du Sud et à de nouveaux appels à manifester.

Sur Facebook, 10.000 personnes avaient rejoint samedi midi un groupe intitulé "30 janvier, à l'attention de la jeunesse soudanaise", qui appelait à des manifestations à travers tout le pays dimanche contre "l'injustice et l'humiliation".

C'est également dimanche que doivent être annoncés les résultats préliminaires du référendum sur l'indépendance du Sud-Soudan, qui devrait confirmer un ras-de-marée en faveur de la sécession.

Ces tensions interviennent alors que le voisin égyptien est en proie à un vaste mouvement de protestation qui a fait près de 50 morts depuis mardi.

"Nous allons descendre dans les rues pour protester contre la hausse du coût de la vie, la corruption, le népotisme, le chômage et toutes les pratiques du régime, y compris la flagellation des femmes (...), qui sont contraires aux lois les plus basiques de l'islam et de l'humanité", a expliqué la page Facebook.

"Avant que tout cela n'arrive en Egypte (...), la situation au Soudan était déjà très instable", estime l'analyste politique John Ashworth.

"Il y a un repositionnement des forces politiques d'opposition ici.Elles ont ouvert les yeux et compris qu'elles allaient être à la merci du gouvernement du Nord une fois que le Sud aura pris son indépendance", ajoute-t-il.

Les partis d'opposition n'ont cependant pas fait de commentaire sur l'appel lancé sur Facebook.

La semaine dernière, le chef de l'opposition islamiste Hassan al-Tourabi a été arrêté peu après avoir déclaré qu'une révolte semblable à celle qui a provoqué la chute du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier était probable au Soudan.

Les tensions politiques et les difficultés économiques ont provoqué des manifestations ces dernières semaines, et au moins un homme est mort après s'être immolé par le feu.Même si ses motivations n'étaient pas claires, son geste rappelait celui d'un jeune Tunisien à l'origine de la révolte.

Mais les manifestations sont pour l'instant restées sporadiques au Soudan, où le contrôle de l'armée reste étroit, l'opposition faible et divisée et les jeunes diplômés, souvent à la pointe des mouvements de protestation, moins nombreux qu'en Egypte ou en Tunisie.

Le président Omar el-Béchir, pourtant très isolé sur la scène internationale, s'est montré confiant, voire provoquant, ces dernières semaines.

"Certains croient que les étudiants vont descendre dans les rues pour mettre fin à l'Inqaz", a-t-il déclaré mardi, en référence au coup d'Etat non-violent qui l'avait porté au pouvoir en 1989, assurant qu'il ne fuirait "jamais" son pays.

Pour Roger Middleton, un expert du Soudan à la Chatham House de Londres, des manifestations massives sont peu probables à Khartoum: "Je ne suis pas sûr que l'opinion publique soudanaise soit prête".

"Mais il est important de rappeler que cela s'est déjà produit deux fois au Soudan, alors ce n'est pas complètement impossible", a-t-il relevé, en évoquant les deux révoltes qui ont renversé des régimes militaires en 1964 et en 1985.

"Il est peu probable que ce qui se passe en Egypte n'ait pas le moindre impact au Soudan", a-t-il relevé.