Coptes d'Egypte: un sentiment de marginalisation croissant

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Obstacles à la construction d'églises, portion congrue au Parlement, malaise face à l'islamisation: les Coptes d'Egypte, visés par un attentat meurtrier à Alexandrie, se sentent de plus en plus marginalisés dans un pays où ils sont présents depuis les premiers temps du christianisme.

Leur patriarche, Chenouda III, a exprimé ce sentiment après l'attentat en déclarant que "chacun en Egypte doit bénéficier de tous les droits de la citoyenneté, sans discrimination".

Le chef des Coptes orthodoxes a implicitement appelé à revoir la législation sur l'édification d'églises, emblématique à ses yeux de cette discrimination.

"Dans certains pays, quand on trouve qu'une loi nuit à certains citoyens, on la corrige ou en promulgue une nouvelle", a-t-il déclaré après l'attaque qui a fait 21 morts à la sortie d'une église dans la nuit du Nouvel an.

Héritée de l'époque ottomane, cette loi prévoit une autorisation préalable du chef de l'Etat pour construire ou restaurer une église.

Le président Hosni Moubarak a délégué ses prérogatives aux gouverneurs des provinces, qui doivent obtenir l'aval des services de sécurité avant un éventuel accord.

L'arrêt du chantier d'une église dans un quartier du Caire en novembre avait provoqué des heurts avec la police.Deux manifestants Coptes avaient été tués.

"Les procédures pour pouvoir construire une église sont très longues alors que les musulmans peuvent construire des mosquées sans autorisation", souligne le politologue Mostafa Kamel el-Sayyed.

Le ministre des Affaires légales Moufid Chehab a répondu que le moment était mal venu pour soulever le problème.

"Quand nous évoquons les problèmes des Coptes, nous ne devons pas les lier à ce qui s'est passé à Alexandrie.Il n'est pas correct de dire que cette loi est la raison de la tension actuelle", a-t-il dit.

Le président Moubarak a quant à lui estimé que "l'Egypte tout entière est visée" par cet attentat, et que "le terrorisme aveugle ne fait pas de différence entre Copte et musulman".

Leur sous-représentation dans certains corps de l'Etat est aussi vue comme une discrimination "non-écrite", souligne Mostafa Kamel el-Sayyed."Il n'y a aucun recteur ou doyen copte dans les universités gouvernementales", précise-t-il.

Les chrétiens sont aussi peu représentés au gouvernement ou dans la haute magistrature, et quasiment absents de la hiérarchie des services de sécurité.

Les Coptes représentent 6 à 10% des quelque 80 millions d'Egyptiens, dans leur vaste majorité musulmans sunnites.Ils constituent la plus nombreuse des communautés chrétiennes du Moyen-Orient, et l'une des plus anciennes.

Mais à peine trois Coptes ont été élus, sur 508 députés, aux dernières élections législatives qui se sont terminées le 5 décembre.M. Moubarak, qui peut nommer dix députés directement, a attribué sept de ces sièges à des chrétiens pour corriger quelque peu ce déséquilibre.

Selon M. Sayyed, "les programmes scolaires aussi sont une illustration de la discrimination, notamment les programmes d'histoire qui ignorent la période copte dans l'histoire du pays", antérieure à l'arrivée de l'islam au VIIème siècle.

La ministre de la Famille et de la population, Mouchira Khattab, a admis l'existence d'un problème, et vient de proposer "des modifications des programmes scolaires d'histoire et de langue arabe, afin de renforcer le concept de citoyenneté".

L'islamisation de la société égyptienne, où les femmes portant le voile islamique sont aujourd'hui largement majoritaires, contrairement à autrefois, participe au sentiment de marginalisation des chrétiens.

L'islam est religion d'Etat, et sous la pression des milieux rigoristes, la charia (la loi islamique), est considérée par la Constitution, depuis 1980, comme la source principale d'inspiration de la loi.