Corruption présumée au Nigeria: Eni et Shell seront jugés en Italie

20 décembre 2017 à 13h03 par La rédaction

Milan (AFP)

Les compagnies pétrolières Eni et Shell comparaîtront à partir du 5 mars devant le tribunal de Milan, pour des soupçons de corruption lors de l'attribution d'un contrat concernant un bloc offshore au Nigeria.

La juge milanaise Giuseppina Barbara a renvoyé devant la justice 15 personnes physiques et morales, dont Eni et Shell.

Parmi les prévenus figurent également l'actuel patron d'Eni, Claudio Descalzi, et son prédécesseur, Paolo Scaroni, de même que d'autres dirigeants et cadres de Shell et du groupe italien, ainsi que l'ex-ministre nigérian du Pétrole, Dan Etete.

La justice soupçonne le versement de pots-de-vins lors de l'attribution par le gouvernement nigérian à Eni et Shell d'un contrat de 1,3 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros) pour la concession offshore OPL-245 en 2011.

Dans un communiqué, le conseil d'administration d'Eni a "réaffirmé sa confiance dans le fait que la compagnie n'ait pas été engagée dans des activités de corruption en relation avec cette transaction", ni son patron, M. Descalzi.

Le groupe italien a également exprimé "sa pleine confiance dans la justice et le fait que le procès puisse déterminer et confirmer la justesse et l'intégrité de sa conduite".

- 'Serein' -

En avril dernier, Eni s'était déjà dit "serein" face à cette enquête pour corruption internationale.

Des audits internes ont été menés, avec l'aide de consultants externes "indépendants", et rien de compromettant n'a pu être trouvé, y compris après l'examen de documents fournis par la justice, avait alors déclaré sa présidente Emma Marcegaglia.

L'ONG britannique Global Witness et Finance Uncovered, un réseau de journalistes d'investigation à travers une soixantaine de pays dans le monde, avaient publié quelques jours plus tôt un rapport accablant contre Eni et Shell, accusant ce dernier d'avoir "su" que l'argent versé n'irait pas au gouvernement nigérian, mais à des individus.

M. Descalzi a toujours affirmé qu'Eni n'avait "rien fait d'illégal", assurant qu'avec Shell ils avaient "payé le gouvernement nigérian" et n'avaient "pas été impliqués dans la décision du gouvernement sur la manière d'utiliser cet argent".

Lors de son arrivée au pouvoir, Goodluck Jonathan avait repris les négociations pour céder la concession OPL-245, extrêmement convoitée avec sa capacité de production de plus de 9 milliards de barils.

Ce bloc était alors aux mains de l'ancien ministre du Pétrole sous le régime du dictateur Sani Abacha, Dan Etete, qui se l'était attribué à lui-même dans le plus grand secret, en le vendant à la société Malabu Oil & Gas, dont il était le seul actionnaire.

En 2012, Shell assurait également ne pas avoir su que le bloc appartenait à l'ex-ministre du Pétrole, qui aurait reçu une part importante de la commission, selon la justice italienne: près de 800 millions d'euros.

Pourtant, dans les échanges de mails entre deux dirigeants de Shell auxquels le rapport de Global Witness et Finance Uncovered fait référence et que l'AFP a pu consulter, les liens entre le gouvernement nigérian et l'ex-ministre du Pétrole sont identifiés.

"Le président (Jonathan) veut régler l'affaire 245 rapidement, compte tenu des conséquences pour Malabu et des contributions politiques qui s'en suivront", écrit un conseiller pour Shell International."+Ete+ sent l'argent venir", ajoute-t-il.

- 'Cancer de la corruption' -

"S'il est possible de prouver que des paiements inappropriés ont été faits par Malabu ou d'autres à des responsables du gouvernement de l'époque en échange d'une conduite inappropriée (...) la position de Shell est de dire qu'aucun de ces paiements n'a été fait avec la connaissance de Shell, son autorisation ou en son nom", avait déclaré en avril dernier un porte-parole de Shell.

La Commission nigériane pour les crimes économiques et financiers (EFCC) mène une enquête parallèle sur cette affaire, et a mis en accusation en mars 11 hommes d'affaires et hommes politiques nigérians, dont Dan Etete.

L'actuel président nigérian, Muhammadu Buhari, élu en 2015, a promis de mener un combat sans répit contre le "cancer de la corruption", qui gangrène le principal producteur de pétrole du continent africain avec l'Angola.

De nombreux biens ont été depuis saisis et des comptes en banque gelés, notamment visant des personnalités proches de l'ancien président Jonathan depuis passées dans l'opposition.

Mais M. Buhari a été lui-même éclaboussé en octobre par un scandale visant l'un de ses proches, après la fuite d'une lettre du secrétaire d'Etat au Pétrole dénonçant des malversations au sein de la compagnie pétrolière d'Etat.