Côte d'Ivoire: crainte de violences avant une marche sur la TV publique

15 décembre 2010 à 11h54 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

 L'appel à la rue lancé par le camp d'Alassane Ouattara pour prendre jeudi et vendredi télévision publique et siège du gouvernement à Abidjan, actuellement contrôlés par les partisans de son rival Laurent Gbagbo, faisait craindre de violents affrontements à Abidjan.

Dans le quartier d'Abobo, qui a voté à une écrasante majorité pour Alassane Ouattara, un journaliste de l'AFP a constaté un déploiement très visible des forces de l'ordre (policiers, gendarmes et militaires), présentes devant la mairie et aux principaux carrefours.

Sur le marché, un homme muni d'un mégaphone lit les journaux à une soixantaine de personnes en malinké, une des langues parlées dans le nord de la Côte d'Ivoire, fief d'Alassane Ouattara, déclaré vainqueur par la Commission électorale et reconnu par presque toute la communauté internationale.

Un habitant du quartier, Bakary Koné, 50 ans, prévoit que jeudi et vendredi, "la mobilisation va être totale.On avait décidé d'aller dormir à la RTI (radio télévision publique) ce soir mais nous attendons le mot d'ordre" de Guillamue Soro."Ou bien on se décourage et Gbagbo reste là pour toujours, ou on se mobilise pour le faire partir".

Devant la RTI, aucun renfort particulier n'avait été envoyé mercredi, a constaté l'AFP, mais la route qui passe devant les locaux, gardés par des gendarmes, reste comme à l'habitude fermée à la circulation routière.

La RTI, média essentiel du pouvoir à Abidjan, est actuellement totalement sous la coupe du camp de Laurent Gbagbo, proclamé vainqueur de la présidentielle du 28 novembre par le Conseil constitutionnel.

Plus une seule voix du camp d'Alassane Ouattara n'est autorisée à s'y exprimer depuis début décembre.

Le Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, veut donc s'y rendre avec ministres et partisans pour installer un nouveau directeur général, avec l'intention d'aller ensuite prendre possession vendredi des locaux officiels du gouvernement, occupés par le Premier ministre de Gbagbo, Aké N'Gbo.

 Deux tentatives extrêmement risquées pouvant aboutir à des affrontenments violents entre partisans des deux camps.

L'appel des partis et mouvements soutenant Ouattara à accompagner en grand nombre Guillaume Soro était relayée mercredi par la presse qui les soutient: "Jeudi, le jour J, tous dans la rue pour libérer la RTI", titrait l'un d'eux, Le Patriote.

C'est à la veille de la marche sur la RTI que Charles Blé Goudé, fer de lance des manifestations anti-françaises de 2003 et 2004 à Abidjan avec ses "Jeunes patriotes" - fervents partisans de Laurent Gbagbo - a choisi de rencontrer des jeunes dans le quartier de Treichville à Abidjan.

Quelque 2.000 jeunes étaient rassemblés à la maison de la culture du quartier pour l'entendre expliquer la politique qu'il entend mener comme nouveau ministre de la Jeunesse et de l'emploi du gouvernement Gbagbo.

Mardi soir à la RTI, il avait affirmé qu'il ne se trouvait pas "dans une logique belliqueuse".

En cas de confrontation jeudi et vendredi entre militants des deux camps, la France n'a "aucune intention d'intervenir militairement" pour s'interposer, a affirmé mercredi le ministre de la Défense, Alain Juppé."C'est à la communauté internationale d'assumer ses responsabilités", a-t-il ajouté.

Le célèbre musicien ivoirien Alpha Blondy a de son côté appelé depuis Paris les Ivoiriens "à respecter le verdict des urnes" et le "président Alassane Ouattara à avoir la victoire modeste", bien que Laurent Gbagbo ait été son candidat favori.

Dimanche dernier, l'autre star ivoirienne du reggae Tiken Jah Fakoly avait déjà appelé Laurent Gbagbo à "reconnaître sa défaite et à quitter le pouvoir".