Côte d'Ivoire: les forces de Gbagbo bloquent le QG de Ouattara

Par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

 Des forces fidèles au président ivoirien Laurent Gbagbo ont établi lundi un blocus autour de l'hôtel qui sert de QG à son rival Alassane Ouattara, reconnu vainqueur de la présidentielle du 28 novembre par la communauté internationale et la commission électorale.

C'est la première fois que les deux camps se font pratiquement face en armes sur le terrain depuis le début de la crise politique qui a suivi la présidentielle du 28 novembre.

Après plusieurs heures de confusion, des forces de sécurité fidèles à Laurent Gbagbo ont réussi à la mi-journée à établir un barrage à chaque extrémité de la route par laquelle on accède à l'hôtel du Golf situé en bord de lagune à Abidjan, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les forces pro-Gbagbo, au moins une cinquantaine d'hommes dont certains de la BAE (Brigade anti-émeute), étaient équipées de plusieurs camions surmontés de mitrailleuses, et certains soldats de lance-roquettes RPG.

En fin d'après-midi les barrages militaires étaient toujours en place, a pu constater l'AFP mais rien n'indiquait l'imminence d'un assaut contre l'hôtel.

A quelques centaines de mètres de là, l'entrée principale du bâtiment était gardée par une cinquantaine d'éléments des Forces nouvelles (FN, ex-rébellion) - partisans d'Alassane Ouattara - fortement armés, notamment de lance-roquettes RPG7.Des Casques bleus de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) montent également la garde.

La tension est à la mesure du symbole: l'hôtel sert de "présidence" à Alassane Ouattara et son gouvernement, ainsi qu'à son Premier ministre et chef des FN Guillaume Soro.C'est là que le vainqueur reconnu par la Commission électorale CEI et la communauté internationale a prêté serment par écrit, tandis que son rival Laurent Gbagbo, déclaré élu par le conseil constitutionnel, l'a fait au palais présidentiel.

Signe que l'atmosphère se crispe après des jours d'apparent statu quo, l'armée régulière a adressé dimanche un ferme avertissement à l'Onuci (10.000 hommes) et à la force française Licorne (900 éléments), les sommant de ne pas "faire la guerre aux Ivoiriens".

"Nous conseillons (...) à nos frères des Forces impartiales de ne plus jamais avoir sur leurs mains le sang des Ivoiriens", avait déclaré le général Philippe Mangou, chef d'état-major.

Il a rappelé "les événements douloureux" de 2004 au cours desquels les tensions entre la Côte d'Ivoire et l'ex-puissance coloniale française, consécutives à la crise de 2002, avaient atteint leur paroxysme.

Un bombardement de l'aviation ivoirienne avait causé la mort de neuf soldats français à Bouaké (centre) et plus de 50 manifestants ivoiriens étaient tombés à Abidjan sous les balles des soldats français.

Avant le général Mangou, le ministre de l'Intérieur de M. Gbagbo, Emile Guiriéoulou, avait accusé des diplomates "occidentaux" à Abidjan d'"approcher" des officiers de l'armée régulière "pour les persuader de faire allégeance" à M. Ouattara.

Le gouvernement "ne saurait tolérer plus longtemps d'immixtion de quelque diplomate, quel que fût son rang, dans les affaires intérieures" ivoiriennes, a-t-il averti.

Condamné par l'ONU, l'Union Africaine, la Cédéao (Communauté des Etats d'Afrique de l'ouest), Laurent Gbagbo est de plus en plus isolé et lundi l'Union européenne a accru la pression sur lui en décidant de le sanctionner, via des restrictions de visas et un gel d'avoirs.

"Ces mesures incluront une interdiction de visas et un gel des avoirs", indique une déclaration adoptée à Bruxelles par les ministres des Affaires étrangères.