Côte d'Ivoire: Mbeki poursuit sa médiation alors que la déchirure s'aggrave

Par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

 Le Sud-Africain Thabo Mbeki poursuivait lundi une médiation quasi-impossible alors qu'avec deux présidents, deux Premiers ministres et bientôt deux gouvernements, l'abîme se creusait entre  Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, chefs d'Etat revendiqués de la Côte d'Ivoire. 

 Le monde entier redoute un nouveau cycle de violences après des incidents meurtriers ces derniers jours.Cependant Abidjan reprenait peu à peu dans la matinée une activité normale.Les axes routiers étaient plus encombrés mais le déploiement de gendarmerie autour de la télévision publique rappelait les fortes tensions du moment, a constaté une journaliste de l'AFP.

Seule bonne nouvelle pour les Ivoiriens: les frontières, notamment aériennes, fermées depuis jeudi par l'armée régulière dans la zone sud qu'elle contrôle, sont rouvertes depuis ce lundi à 06H00 (locales et GMT).

En revanche, l'incertitude plane sur le maintien ou l'arrêt du couvre-feu nocturne qui avait été instauré avant le scrutin présidentiel du 28 novembre, et qui était censé prendre fin à la même heure.

Envoyé par l'Union africaine, l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki devait poursuivre sa visite."Il a encore des personnes à voir et devrait partir vers 12-13H00" lundi, a indiqué à l'AFP une source proche de l'UA.

Mais ses efforts semblaient dans l'immédiat voués à l'échec, l'heure n'étant pas à la négociation pour les deux rivaux qui ont tour à tour prêté serment samedi.

Fort du soutien de la communauté internationale, ONU en tête, M. Ouattara n'entend pas renoncer à la victoire qui lui était promise par les résultats de la Commission électorale indépendante (CEI), le donnant en tête avec 54,1% des suffrages.

 Mais M. Gbagbo, au pouvoir depuis dix ans, a ensuite été proclamé vainqueur par un Conseil constitutionnel acquis à sa cause, avec 51,45% des suffrages, moyennant l'invalidation de votes dans le nord aux mains de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) depuis le putsch manqué de 2002.

Reconduisant le chef des FN Guillaume Soro au poste de Premier ministre qu'il occupe depuis l'accord de paix de 2007, M. Ouattara a formé dimanche son gouvernement avec ses alliés de l'ex-opposition.

Interrogé par la radio française Europe 1 sur le fait de savoir s'il était prêt à "déloger" Laurent Gbagbo, M. Soro, également titulaire du stratégique portefeuille de la Défense, a répondu: "s'il nous oblige, on n'aura pas d'autre choix", tout en plaidant pour une issue pacifique.

"Il n'est pas question d'arriver à une partition de la Côte d'Ivoire", a-t-il aussi prévenu.

Le président sortant a répliqué dès dimanche soir en nommant à son tour son Premier ministre, l'universitaire et économiste Gilbert Marie N'gbo Aké.

A l'étranger, la crise actuelle inspire toujours une "grande inquiétude", selon l'expression employée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.Les deux institutions s'interrogeaient sur l'opportunité de continuer à aider le pays "dans un contexte d'incertitude et de tension qui se prolongent".

La France, ex-puissance coloniale, était désormais en première ligne, le président Nicolas Sarkozy réclamant de nouveau lundi le départ de M. Gbagbo.

Après avoir convoqué durant sa visite en Inde une réunion "pour faire le point sur la situation" avec notamment sa ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, il s'est dit "très vigilant" concernant la sécurité des quelque 15.000 Français en Côte d'Ivoire.