Cote d'Ivoire: Ouattara face au défi majeur du rétablissement de la sécurité

8 avril 2011 à 11h37 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

  Le président ivoirien internationalement reconnu Alassane Ouattara était vendredi confronté au défi majeur du rétablissement de la sécurité en Côte d'Ivoire, particulièrement à Abidjan où le sortant Laurent Gbagbo restait reclus dans la résidence présidentielle. 

Dans l'ouest du pays désormais aux mains des forces fidèles à Ouattara, des enquêteurs de l'ONU ont découvert plus de 100 corps ces dernières 24 heures."Plus de cent corps ont été trouvés ces dernières 24 heures dans trois endroits dans l'ouest", Duékoué, Bloléquin et Guiglo, a déclaré à Genève un porte-parole du Haut commissariat aux droits de l'homme, précisant que ces meurtres semblaient avoir eu des mobiles "ethniques".

"Il y a eu une escalade ces deux dernières semaines", a relevé Rupert Colville, avertissant qu'il fallait être "prudent au moment d'assigner des responsabilités".

Dans sa première allocution télévisée depuis l'aggravation de la crise post-électorale des dernières semaines Alassane Ouattara a promis jeudi soir que "la lumière sera faite sur tous les massacres" et que leurs auteurs "seront sanctionnés".

A Abidjan, la situation était calme vendredi matin autour du palais présidentiel et près de la résidence présidentielle."On entend seulement de temps en temps quelques rafales d'armes individuelles mais rien qui ressemble à des combats", a rapporté un habitant de Cocody (nord) où se trouve la résidence présidentielle.

Alassane Ouattara a annoncé jeudi qu'un blocus avait été établi autour du périmètre de la résidence où Laurent Gbagbo est retranché "avec armes lourdes et mercenaires".

Vendredi matin, une habitante résidant près du palais présidentiel, dans le quartier du Plateau, dans le centre d'Abidjan, a dit ne pas avoir entendu de tirs."C'est calme, mais le problème d'eau persiste.J'ai envoyé mes filles chercher de l'eau dans un bâtiment encore approvisionné, ça devient de jour en jour de plus en plus compliqué", a déclaré cette femme.

Après l'impasse politique née de l'élection présidentielle du 28 novembre et l'enlisement militaire, Abidjan, livrée aux pillards, est confrontée à l'urgence humanitaire: le système de santé s'est effondré, l'eau et l'électricité sont souvent coupées et les réserves de nourriture s'amenuisent.

Alassane Ouattara a demandé aux responsables de ses forces "de prendre toutes les dispositions pour assurer le maintien de l'ordre et la sécurité des biens", ainsi que la liberté de mouvement dans le pays.

Annonçant un prochain allègement du couvre-feu en vue de permettre un "retour progressif à la normalité", il a aussi appelé son peuple à l'unité afin de relancer la reconstruction du pays et à la "reprise de l'activité économique".

"J'ai demandé que les sanctions de l'Union européenne sur le port d'Abidjan et San Pedro et sur certaines entités publiques du fait du régime illégitime de Laurent Gbagbo soient levées", a-t-il dit.

L'Union européenne impose un embargo sur les deux ports pour faire pression sur Laurent Gbagbo.Celui de San Pedro (sud-ouest) est le premier port d'exportation de cacao au monde.

 "Nous avons reçu une demande du président Ouattara visant à retirer certaines entités de la liste des sanctions" de l'UE, a indiqué vendredi à l'AFP le porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, Michael Mann."Nous espérons être bientôt en mesure de commencer à assouplir les sanctions", a-t-il ajouté.

Selon une source diplomatique, les pays européens travaillent aussi à la levée de sanctions pesant sur des entreprises impliquées dans l'exportation de cacao.Une décision pourrait être prise mardi à l'occasion d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Luxembourg.

Les agences de l'ONU ont demandé l'ouverture de couloirs humanitaires dans le pays pour venir en aide aux victimes qui fuient les violences.

Elles ont aussi indiqué avoir distribué des vivres pour six jours à Duékoué où des milliers de personnes sont notamment réfugiées dans une mission catholique.Quelque 30.000 personnes, restées parfois des jours sans manger, s'y entassaient, fuyant les violences dans cette ville, prise le 29 mars par les forces d'Alassane Ouattara.

 "Nous n'avons pas mangé depuis deux jours.Mes enfants sont de plus en plus faibles", a témoigné Anaï Alphonsine, 50 ans, sous un abri en toile plastique dans une chaleur suffocante, près d'enfants aux ventres ballonnés et aux yeux creusés.