Côte d'Ivoire: Ouattara-Soro, un duo pour une transition délicate

29 avril 2011 à 9h49 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

Vainqueur de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara n'a pu accéder au pouvoir que par la force des armes de l'ex-rebelle Guillaume Soro, "Premier ministre de combat" et pilier du nouveau régime jusqu'à la stabilisation complète du pays, jugent des experts.

"Alassane Ouattara a gagné la présidentielle dans les urnes en novembre 2010, mais il a été fait roi par les armes par Guillaume Soro et la France en avril 2011", résume Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique et ancien directeur de La lettre du continent.

 Le 11 avril, Laurent Gbagbo, hébété, est capturé à Abidjan par les ex-rebelles des Forces nouvelles, rebaptisées Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), à l'issue d'une offensive de deux semaines, appuyée par la force française Licorne et celle de l'ONU.

 "Alassane Ouattara a fait le choix d'un Premier ministre de combat, pour répondre à la force utilisée par Laurent Gbagbo.Les forces politiques et sociales qui ont permis à Ouattara de gagner les élections ont dû faire place à des forces militaires qui lui ont permis d'assumer effectivement le pouvoir", juge Gilles Yabi, directeur pour l'Afrique de l'Ouest au sein de l'International Crisis Group.

L'indispensable normalisation sécuritaire voulue par le président Ouattara a abouti à l'élimination de l'ex-putschiste Ibrahim Coulibaly, dit "IB", abattu mercredi par les FRCI pour avoir tardé à déposer les armes après avoir pourtant contribué à déstabiliser le régime de Laurent Gbagbo depuis janvier.

La mort d'"IB" a aussi permis de trancher un vieux conflit fratricide dans le camp du président Ouattara: l'ex-putschiste était perçu comme une menace par le pouvoir, surtout par le Premier ministre Guillaume Soro, son éternel rival de la rébellion de 2002.

"Ces dernières semaines, on sentait qu'une nuit des longs couteaux se préparait.Ibrahim Coulibaly avait des ambitions politiques, mais surtout il était soupçonné, à tort ou à raison, d'être à l'origine de l'attentat contre l'avion de Guillaume Soro en novembre 2007", rappelle Antoine Glaser.

Près de trois semaines après l'arrestation de M. Gbagbo, le nouveau pouvoir doit encore mettre fin à l'activité de miliciens pro-Gbagbo dans un quartier ouest d'Abidjan, pour accélérer le retour à la normale.

Une normalisation qui progresse malgré un démarrage difficile: les fonctionnaires reprennent le chemin du travail, des écoles ont rouvert ainsi que des banques jeudi.Mais policiers et gendarmes se font encore rares à Abidjan, tardant à remplacer les FRCI dans les rues.

"Tant que la situation n'est pas normalisée en Côte d'Ivoire, tant qu'il y aura de l'insécurité, Guillaume Soro, Premier ministre et ministre de la Défense, sera l'homme fort du pays.Tout dépend de la capacité d'Alassane Ouattara à remettre en marche les institutions, à réunifier l'armée.Plus le pays va se stabiliser, plus Ouattara sera fort", souligne Antoine Glaser

"Ministre d'Etat comme premier job dans la vie à 31 ans, Premier ministre à 35, sauveur de la République et de la démocratie à 39, que te reste-t-il, Guillaume ?", se demande sur le site Slateafrique l'écrivain et éditorialiste ivoirien Venance Konan."A être président de la République, pardi ! Mais auras-tu la patience d'attendre?"