Côte d'Ivoire: un président est tombé, le pays tente de se relever

16 avril 2011 à 7h52 par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

Un président tombe, un pays tente de se relever: après une guerre de dix jours, la Côte d'Ivoire a tourné cette semaine la page du régime de Laurent Gbagbo, et le nouveau président Alassane Ouattara a pris les rênes pour relancer l'ex-eldorado d'Afrique de l'Ouest.

Lundi 11 avril 2011: le jour où Laurent Gbagbo a changé de visage.Le patriarche de 65 ans volontiers bonhomme a l'air épuisé, sonné, vieilli sur des vidéos qui font le tour du monde.

En maillot de corps, il vient d'être arrêté par les Forces républicaines (FRCI) de son rival dans sa résidence d'Abidjan, après un pilonnage intensif de l'ONU et de la force française Licorne.

Ses partisans crient au "coup d'Etat" et accusent les forces spéciales françaises, mais il est trop tard: après une décennie de pouvoir, quatre mois d'une crise meurtrière née de son refus de reconnaître sa défaite à la présidentielle de novembre 2010 et dix jours de combats, M. Gbagbo est détenu au Golf hôtel, dont il avait fait une prison dorée pour M. Ouattara.

Avec lui: son épouse Simone, qui excite ce jour-là la haine de la foule après avoir été tant redoutée, et une centaine de personnes.

Désormais pleinement président, M. Ouattara annonce une "procédure judiciaire contre Laurent Gbagbo, son épouse et ses collaborateurs", mais appelle à "s'abstenir de tout acte de représailles ou de violences" alors que près de 900 personnes ont été tuées en quatre mois selon l'ONU.

Mais la "nouvelle ère d'espérance" promise commence par un décès.

Désiré Tagro, ex-ministre de l'Intérieur et homme à poigne du régime défait, meurt mardi, au lendemain de son arrestation avec M. Gbagbo.Suicide?Assassinat?Les circonstances de son décès restent troubles.

Quant à l'ancien président, il est transféré mercredi hors d'Abidjan, sous protection de la mission des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci).Direction: le nord du pays, resté sous contrôle de l'ex-rébellion qui forme le gros des FRCI après avoir failli le renverser en 2002.

La grande ville du nord, Korhogo, où se trouve une résidence présidentielle, est souvent évoquée comme point de chute pour sa résidence surveillée.

Mais la famille Gbagbo ne désarme pas.A Paris, une de ses filles saisit des avocats français pour étudier la "légalité" de l'arrestation de ses parents ainsi que celle de l'intervention militaire française.

Pendant ce temps, après des jours de combats, la vie reprend peu à peu ses droits à Abidjan.Les pillages ont été gigantesques durant la guerre, notamment dans les quartiers chics du nord de la ville, et prennent encore une nouvelle vigueur.

Très souvent accusés: les éléments FRCI eux-mêmes, parmi lesquels règne un grand désordre."Ils ne savent pas s'ils seront payés, alors ils se servent", commente un vieil Abidjanais.

Si les partisans, ou supposés tels, du président déchu se sentent de plus en plus menacés, notamment dans le quartier pro-Gbagbo de Yopougon (ouest), à travers la métropole les commerces rouvrent peu à peu, de plus en plus de voitures s'aventurent dans les rues.

Mais pour le nouveau pouvoir il est plus facile d'ordonner la reprise des exportations de cacao - suspendues durant des mois pour étouffer le camp Gbagbo - que d'effacer les traces de l'ère Gbagbo.

Alassane Ouattara y croyait: d'ici le début de la semaine prochaine il serait au palais présidentiel auparavant occupé par son rival.Pour cause de travaux et même de déminage, il devra demeurer encore plusieurs semaines au "Golf".