Craintes pour la stabilité de la Guinée-Bissau, toujours dans l'impasse politique

17 août 2015 à 17h14 par La rédaction

Bissau (AFP)

Les appels à cesser le travail et à manifester lundi en Guinée-Bissau pour exiger la reconduction du Premier ministre destitué faisaient craindre pour la stabilité de ce pays, une ancienne colonie portugaise qui en est à son cinquième jour sans gouvernement.

Pour obtenir la réinstallation de Domingos Simoes Pereira, démis le 12 août par le chef de l'Etat José Mario Vaz, des sympathisants du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) --présidé par M. Pereira-- ont appelé à une marche lundi à partir de 14H00 (locales et GMT) à Bissau.

C'est cet appel qui suscitait la plus forte crainte de débordements, dans un pays à l'instabilité chronique.Mais jusqu'à 15H00, aucun rassemblement n'était constaté à travers la ville sur laquelle s'abattait une forte pluie depuis l'aube, selon un journaliste de l'AFP.

En soutien au Premier ministre destitué, une intersyndicale regroupant une trentaine d'organisations professionnelles des secteurs public et privés a aussi appelé ses adhérents à ne pas se rendre au travail à partir de lundi, pour "paralyser l'administration". 

Ce mouvement durera jusqu'à ce que M. Pereira retrouve son fauteuil, avait assuré dimanche à l'AFP le chef de l'intersyndicale, Filoméno Cabral.

La grève semblait moyennement suivie lundi matin à Bissau: plusieurs services de l'administration fonctionnaient mais avec moins de personnel que d'habitude, les banques et commerces étaient ouverts, la circulation plus fluide qu'à l'accoutumée, selon le journaliste de l'AFP.

Des patrouilles de la police d'intervention rapide étaient visibles par endroits, mais pas l'armée.

Depuis plusieurs jours, la communauté internationale - dont l'ONU et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays) - presse les militaires de rester à l'écart de la crise politique.

"Nous observons la situation à partir de nos casernes.Il y a déjà la police qui peut être renforcée par la garde nationale pour le maintien de l'ordre en cas de dérapage", a déclaré à l'AFP un colonel des forces armées sous couvert d'anonymat.

Depuis son indépendance du Portugal, en 1974, la Guinée-Bissau - environ 1,6 million d'habitants - a connu plusieurs coups d'Etat, réussis ou avortés, dans lesquels l'armée a souvent joué un rôle prépondérant.

 

- Crainte d'un nouveau putsch -

 

MM.Vaz et Pereira sont tous deux membres du PAIGC.M. Vaz préside le pays, mais c'est M. Pereira qui est le chef du parti.

Selon la Constitution bissau-guinéenne, le poste de Premier ministre revient au chef du parti vainqueur des législatives.Le PAIGC ayant obtenu la majorité l'année dernière aux élections parlementaires  - avec 57 députés sur 102 -, ces fonctions devraient donc être assumées par M. Pereira, soulignent analystes et responsables politiques.

Elu en mai 2014, José Mario Vaz avait nommé Simoes Domingos Pereira au poste de Premier ministre en juin.Il s'en est séparé 14 mois plus tard, dans un décret pris le 12 août, arguant d'une "crise de confiance au sommet de l'Etat" nuisant au "bon fonctionnement des institutions".

Selon leurs entourages, les deux hommes ne s'entendaient pas depuis plusieurs mois sur la manière de diriger le pays.

Le 13 août, M. Pereira a contesté son limogeage, en se fondant sur la Constitution.Idem pour le PAIGC, qui a formellement proposé le 14 août au président Vaz sa reconduction au poste de Premier ministre. 

La réponse du président à cette proposition était toujours attendue lundi après-midi, son entourage demeurait muet sur le sujet.

Selon le constitutionnaliste bissau-guinéen Ivaristo Vieira interrogé par l'AFP, "si le président Vaz rejette le nom de Domingos Simoes Pereira proposé par le PAIGC, s'ouvre alors une impasse" pour le pays.Il devra alors dissoudre l'Assemblée nationale et organiser des législatives dans un délai de 90 jours comme le stipule la Constitution.

Une perspective qui préoccupe les Bissau-Guinéens, espérant en avoir fini en 2014 avec l'instabilité chronique dans leur pays.Lorenço, un chauffeur de taxi de 35 ans, s'est déclaré "inquiet" de voir le bras de fer entre MM.Vaz et Pereira dégénérer en violences.

Beaucoup redoutent de nouveaux soubresauts, comme en avril 2012, lorsque des militaires ont pris le pouvoir.Un putsch ayant ouvert la voie à une transition ayant pris fin avec la prise de fonctions du président Vaz.