Crise politique en RDC : l'espoir d'un accord s'amoindrit

16 décembre 2016 à 22h22 par La rédaction

Kinshasa (AFP)

L'espoir de parvenir à un accord politique en vue d'une sortie de crise en République démocratique du Congo avant la fin du mandat du président Joseph Kabila le 20 décembre a pris un coup vendredi à Kinshasa.

Les négociations de la dernière chance qui se sont ouvertes le 8 décembre sous l'égide de la conférence des évêques catholiques du Congo (Cenco) devaient s'achever vendredi, selon la limite fixée par les prélats.

Faute d'avancée sur les points de contentieux les plus difficiles comme l'avenir du président Kabila et la date des prochaines élections, la Cenco a annoncé vendredi soir une reprise des débats samedi matin à 09h00 (08h00 GMT).

Le temps est compté car les évêques doivent partir samedi soir pour une visite au pape François prévue de longue date.

Le but du dialogue est de trouver un compromis sur la mise en place d'une période de transition politique devant mener à la tenue de la présidentielle.Cette élection devait avoir lieu cette année mais n'a pas été organisée.Elle doit permettre la désignation d'un successeur à M. Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter.

Les détracteurs de M. Kabila l'accusent depuis des mois d'avoir orchestré le report de la présidentielle, de chercher à se maintenir au pouvoir par tous les moyens et pour cela d'envisager de changer la Constitution comme l'ont fait plusieurs présidents de pays voisins de la RDC.

Le chef de l'�?tat, au pouvoir depuis 2001 et âgé de 45 ans, ne dévoile rien de ses projets, si ce n'est sa volonté de se maintenir en poste après le 20 décembre jusqu'à l'élection de son successeur.

Le dialogue arbitré par la Cenco met aux prises deux délégations.La première regroupe des représentants de la majorité et d'une frange minoritaire de l'opposition ayant signé en octobre un accord renvoyant la présidentielle au plus tôt à avril 2018 et prévoyant d'ici là un partage de l'exécutif entre M. Kabila et un Premier ministre issu de l'opposition.

- Vaines navettes -

L'autre délégation regroupe les opposants à cet accord, essentiellement rassemblés autour d'�?tienne Tshisekedi, figure historique de l'opposition congolaise, âgé de 84 ans.

Depuis le début, les deux camps soufflent le chaud et le froid avec des déclarations contradictoires.

Une nuit et une journée de navettes des évêques entre MM.Tshisekedi et Kabila n'ont apporté aucune avancée sur les questions les plus difficiles à résoudre.

La RDC n'a connu aucune alternance démocratique depuis son indépendance de la Belgique en 1960.�?tat-continent de quelque 70 millions d'habitants au coeur de l'Afrique, le Congo (ex-Zaïre) a été ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003, et la communauté internationale craint que le pays ne plonge dans une nouvelle spirale de violence faute d'accord politique.

"Les Etats-Unis sont très inquiets de la possibilité de troubles et de violences en RDC le 19 décembre ou autour de cette date", a fait savoir vendredi le département d'Etat américain.Washington a exhorté "le gouvernement et l'opposition à coopérer pleinement et de bonne foi" avec la Cenco en vue d'un accord.

Depuis 2013, plusieurs centaines de personnes ont été tuées dans des violences à caractère politique à Kinshasa et dans plusieurs villes du pays. 

Les 19 et 20 septembre, une cinquantaine de personnes ont péri à Kinshasa lors de violences entre jeunes et forces de l'ordre en marge d'une manifestation "d'avertissement" au chef de l'�?tat.

Le président Kabila est notoirement impopulaire dans la capitale congolaise, mégapole de 10 millions d'habitants dont l'immense majorité vit dans la misère et voit ses conditions de vie empirer du fait de la crise économique qui frappe le pays.

M. Tshisekedi et ses alliés ont menacé d'appeler à des manifestations sur tout le territoire à partir de lundi jusqu'à ce que le chef de l'�?tat quitte le pouvoir.Cet appel à manifester contre M. Kabila est pour l'heure suspendu au résultat des négociations en cours.

L'opposition ne semble cependant pas avoir mobilisé ses troupes outre mesure en vue de manifestations.

Signe néanmoins d'une certaine fébrilité des autorités, le gouvernement a demandé jeudi aux opérateurs internet de filtrer ou couper les réseaux sociaux à compter de 23h59 dimanche, et la police a annoncé vendredi après-midi avoir instauré "des checkpoints (barrages, ndlr) à travers les grandes villes pour décourager les velléités criminelles qui ont commencé à prendre des proportions inquiétantes".