Cybercriminalité : enquête sur les "brouteurs" africains

Par La rédaction

_ Qui sont les « brouteurs » ? Essentiellement basés à Abidjan, de jeunes férus d'internet ont trouvé le moyen de gagner de l'argent facilement grâce à des arnaques. Ils escroquent des Occidentaux naïfs. Gros plan sur cette cybercriminalité made in Africa. _ De jeunes africains se réunissent dans des cybercafés situés dans les capitales d'Afrique de l'Ouest. Ils ont entre 15 et 35 ans et se nomment « brouteurs ». Ils passent des heures sur des ordinateurs à tchater avec des Occidentaux francophones avec comme seul objectif en tête, leur soutirer de l'argent. Grâce à des mots doux, à des déclarations enflammées et quelques photos truquées, ils font tourner la tête à leur proie et les arnaquent._ Le stratagème reste identique que les jeunes soient de Côte d'Ivoire, du Ghana, du Bénin, du Togo, du Sénégal ou du Burkina Faso. Ainsi donc, du bout des doigts derrière leurs ordinateurs, ils envoient des spams, des mails affirmant aux destinataires que ces derniers ont gagné à la loterie avec des gains très importants ou qu'ils ont hérité d'une grosse somme, mais pour l'obtenir ils doivent payer pour le transfert de cet argent. Les « brouteurs » appellent, envoient des mails pour menacer de l'annulation du lot gagné jusqu'à l'obtention de la somme demandée._ Love chat _ Autre arnaque, ils entretiennent des relations pseudo amoureuses avec leur victime. Ce système se nomme « love chat ». Alors que la victime pense parler à une jeune femme africaine, de l'autre côté de la méditerranée, un homme lui tape des mots d'amour, lui envoie des photos truquées. Si la victime désire allumer les webcams, les arnaqueurs diffusent alors une vidéo enregistrée de l'être aimée. Puis, cette femme imaginaire tombe malade, manque d'argent ou aimerait venir en Europe, la victime doit alors lui verser de l'argent pour l'aider. Aveuglée par son amour, elle lui envoie la somme sans réticence. Une fois qu'elle a cédé à cette demande, elle devient alors un « mugu » pour les arnaqueurs, qu'on peut traduire littéralement par un « pigeon »._ Mais pour toucher l'argent envoyé au nom de la jeune fille imaginaire, les « brouteurs » doivent bénéficier de la bienveillance des agents travaillant dans des sociétés de transferts d'argent. Un billet glissé à la guichetière et celle-ci ferme les yeux sur l'identité du bénéficiaire de l'argent et ne demande pas de carte d'identité. _ De plus, quand les policiers repèrent ces jeunes en train d'arnaquer des victimes dans des cybercafés, la difficulté n'est pas tant dans l'arrestation mais plutôt de partir du quartier une fois l'opération effectuée. En effet, la population défend les « brouteurs » car ils sont connus comme étant généreux. Ainsi, tous les habitants profitent en quelques sorte des arnaques. De plus, certains avouent qu'ils ne s'opposent pas à cette pratique car ils considèrent qu'ils reprennent ce que les Occidentaux leur ont pris lors du colonialisme. _ Côte d'Ivoire_ La Côte d'Ivoire semble être une plaque tournante de la cybercriminalité en Afrique. Dans ce pays, les « brouteurs » gagnent tellement d'argent qu'ils sont la deuxième proie des femmes, après les footballeurs ivoiriens mais avant les ministres et les fonctionnaires. Ils organisent des soirées entre eux à Abidjan et dépensent sans compter en alcool, en vêtement, etc.. Alors qu'en Côte d'Ivoire, les salaires quotidiens ne dépassent pas un euro. La cybercriminalité permet de s'enrichir rapidement._ En Côte d'Ivoire, le préjudice est estimé à plus de 15 millions d'euros ( 10 millions de FCFA) pour les victimes en 2009. Le tribunal d'Abidjan a enregistré 980 cas de dénonciations dont 76 interpellés et 37 condamnations. La police scientifique tente d'enrailler ce phénomène mais ses moyens sont faibles. Ils ne bénéficient ni de formations, ni de logistiques. Mais, une cellule a été créée à Abidjan, regroupant des informaticiens pour repérer les brouteurs grâce à des logiciels qui permettent aux policiers de procéder aux interpellations. Les experts misent beaucoup sur la sensibilisation de la population. L'importance de la cybercriminalité est telle que les autres pays menacent même d'interdire l'accès de leurs sites aux internautes naviguant à partir de la Côte d'Ivoire. _ L'augmentation de la cybercriminalité, la prolifération des activités illégales s'expliquent notamment par la plus grande accessibilité d'internet en Afrique. Résultat, la Côte d'Ivoire souffre d'une image négative._ Florence Mallégol_ Les brouteurs ont fait l'objet d'un reportage dans l'émission "Envoyé Spécial" ( france 2), diffusé le 17 février 2011. Grâce à ces images, le public comprend les méthodes de ces jeunes africains pour arnaquer les Occidentaux et comment ils dépensent les gains des arnaques._ Regardez:_ 00' à 1'57_ 3'04 à 6'24_ 8'37 à 10'34_ 12'29 à 14'59