Dans le sud somalien, la population prise dans l'étau de la guerre

4 novembre 2011 à 11h59 par La rédaction

MOGADISCIO (AFP) - (AFP)

Dans le sud somalien contrôlé par les rebelles islamistes shebab, les habitants vivent dans une double crainte: les raids de l'aviation kényane censés viser les insurgés et la foudre de shehab persuadés que des espions se cachent parmi eux.

A Baidoa, une des villes citées comme cible par l'armée kényane, "tout le monde est inquiet maintenant, nous entendons le bruit des avions survolant la région tout les jours,", affirme Mohamed Samow, joint au téléphone depuis Mogadiscio.

"Les gens qui avaient l'habitude de sortir pour s'occuper de leurs champs sont très réticents, certains choisissent de passer de courts moments seulement dehors", ajoute-t-il.

Dans ce climat de tension, des témoins assurent que les militants shebab confisquent des téléphones portables de personnes qu'ils soupçonnent d'espionner pour le compte du gouvernement kényan ou du gouvernement fédéral de transition somalien (TFG), dont les insurgés ont juré la perte.

"Deux hommes du coin ont été emmenés pour un interrogatoire et leurs téléphones ont été confisqués," affirme un habitant d'un village voisin de Baidoa, Abdulahi Moalim Isak.Selon lui, des shebab se mêlent à la population pour vérifier si certains ne communiquent pas des cibles potentielles au Kenya.

"Tout le monde est inquiet", lâche-t-il."Les combattants shebab mènent des opérations de sécurité dans toute la région."

Après quelques dissensions au lancement, mi-octobre, de l'offensive kényane dans le sud somalien, le TFG et Nairobi ont affiché leur volonté commune de mettre les insurgés en échec.Ensemble, ils ont demandé à la communauté internationale de les aider à atteindre leur principal but : la prise de Kismayo, un port essentiel aux financement des rebelles.

Craintes de "dommages collatéraux"

A Kismayo aussi, la crainte a gagné la population.

"Ce sont les civils qui s'inquiètent le plus ici à Kismayo, nous avons entendu que des civils ont été bombardés dans un camp près de Jilib et on s'attend à ce que la même chose se produise ailleurs si les Kényans continuent d'attaquer ces villes," dit un résident se présentant sous le nom de Dahir.

Selon Médecins sans frontières, qui avait une équipe sur place, le raid du Kenya sur Jilib, dimanche, a fait cinq morts parmi les civils dans le camp de déplacés de la ville, qui accueille les victimes de la catastrophe humanitaire qui frappe le pays depuis plusieurs mois.

L'armée kényane a démenti avoir frappé des civils.Mais elle a dans la foulée menacé de raids une dizaine d'autres villes, dont Baidoa et Kismayo, et a conseillé aux civils de s'y tenir à l'écart des shebab.

Nairobi entend déloger les rebelles du sud somalien, les accusant d'avoir violé son intégrité territoriale après une série d'attaques et d'enlèvements sur son sol.

"Les gens avaient l'habitude de voir, à la télévision, des civils tués dans des bombardements aériens du côté de l'Afghanistan, de l'Irak, du Pakistan, mais maintenant, ça arrive en Somalie," déplore Ahmed Artan, un pharmacien de Kismayo."On s'attend à des erreurs, de mauvais renseignements qui risquent de provoquer des dommages collatéraux si le Kenya n'arrête pas ses raids aériens".

"Nous avons l'impression que le Kenya n'a pas une technologie assez sophistiquée et que s'il vise ces villes peuplées de civils, il lui sera difficile de choisir les cibles, il y aura d'énormes pertes civiles," dit-il.

Pendant ce temps, pour limiter les pertes matérielles dans les raids, les shebab videraient eux leurs caches-d'armes à Kismayo, affirment des habitants.

"Plusieurs stocks d'armes et d'autres équipements shebab sont vides maintenant," dit l'un d'eux sous couvert d'anonymat.Pour lui, les raids kényan ne feront ainsi de toute façon pas vraiment de dégâts sur les positions shebab.