Dans un camp de réfugiés soudanais: la précarité, mieux que la guerre

Par La rédaction

JAMAM (Soudan du Sud) (AFP) - (AFP)

Blotti près d'un feu du camp de réfugiés de Jamam, au Soudan du Sud, Hamid Youssouf Béchir s'estime heureux d'avoir survécu à une marche de 17 jours, avec ses cinq enfants, pour fuir l'Etat du Nil bleu, ravagé par la guerre civile, au Soudan voisin.

"Nous avions faim, et beaucoup de gens sont morts de faim à nos côtés", raconte M. Béchir."Quand les pluies sont arrivées, beaucoup d'autres personnes sont décédées de pneumonie".

Comme lui, plus de 105.000 personnes ont fui la guerre civile et les bombardements dans les Etats soudanais du Nil bleu et du Kordofan du sud.

Le gouvernement soudanais refuse l'accès de toute aide humanitaire internationale à ces régions, où l'armée soudanaise combat des rebelles longtemps liés à ce qui est aujourd'hui le nouvel Etat du Soudan du Sud, indépendant depuis juillet dernier.

Des centaines de milliers de personnes sont en conséquence menacées de famine, selon les Etats-Unis, dans ces régions qui étaient traditionnellement des greniers à blé du Soudan, et sont désormais en première ligne à la nouvelle frontière entre les deux pays.

Des accrochages opposent de plus en plus souvent le Soudan du Sud et le Soudan, depuis l'indépendance du premier à l'issue de vingt ans de guerre civile, et les deux Etats s'accusent mutuellement de soutenir des mouvements rebelles sur le territoire de l'autre.

Le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a demandé mardi l'évacuation d'un camp similaire à celui de Jamam, celui de Yida, situé dans l'Etat sud-soudanais voisin d'Unité, et menacé par de récents bombardements de l'avion soudanaise.

Si le camp de Jamam, qui accueille plus de 37.000 réfugiés, paraît pour le moment moins exposé, M. Béchir craint toujours pour la survie de ses enfants."Il n'y a pas assez d'eau ici, les gens se battent aux points d'eau", explique-t-il, alors que les femmes font la queue, des jerrycans au pied, devant un robinet.

"pas assez de nourriture"

En désespoir de cause, d'autres femmes passent des heures à creuser un point d'eau à sec, jusqu'à pouvoir en extirper une ration d'eau boueuse, versée dans un bidon ou bue sur place par les enfants sous une chaleur de plomb.

"Nous savons bien que cette eau n'est pas bonne", relève Macda Doka Waka, 19 ans, qui a creusé pendant trois heures pour remplir son bidon.

"Avant, on faisait la queue au point d'eau, mais pendant deux jours nous n'avons pas eu d'eau", explique-t-elle, ajoutant qu'elle préférait encore creuser que se battre dans la foule agglutinée près des robinets.

L'organisation humanitaire Oxfam reconnaît peiner à satisfaire les besoins en eau, désormais apportée par camions depuis l'effondrement de dix puits creusés dans la terre aride.

Quelque 35% des patients soignés par Médecins sans frontières souffrent de diarrhée, et le nombre d'infections des yeux et de la peau explose, conséquence de la mauvaise hygiène du camp.

Le pire est à venir: la saison des pluies, qui démarre en avril pour durer six mois, va multiplier par trois le prix des approvisionnements, et rendre encore plus difficile les travaux pour creuser de nouveaux puits.

"Nous sommes très inquiets de la dégradation attendue de l'accès à l'eau avec l'arrivée des pluies", reconnaît Kirrily de Polnay, un médecin de MSF.

En dépit des efforts de l'acteur américain George Clooney, qui s'est rendu récemment de façon clandestine au Kordofan du Sud, les conflits au Soudan n'attirent guère l'attention, ni les fonds, de la communauté internationale.

"C'est une situation d'urgence oubliée" du reste du monde, regrette Andrew Omale de Oxfam."Ces gens arrivent depuis novembre, mais à ce jour nous n'avons toujours pas reçu assez de soutien pour aider ces réfugiés" comme il se doit.

Le camp de Jamam va devoir déménager bientôt hors des zones inondables, et voir sans doute sa population doubler dans les prochains mois.

Car pour précaires qu'elles soient, les conditions de vie dans le camp restent meilleures qu'au Kordofan du Sud ou au Nil bleu."

Les gens là-bas meurent dans les bombardements, ils ne peuvent ni se soigner, ni avoir accès à l'eau et encore moins à une quelconque éducation", résume Cheikh El Rathi Rajab, ancien parlementaire de l'Etat du Nil bleu contraint de s'enfuir en septembre dernier.