Dans une oasis égyptienne, les électeurs promettent un triomphe islamiste

27 novembre 2011 à 14h50 par La rédaction

FAYYOUM (Egypte) (AFP) - (AFP)

Loin de l'ébullition pré-électorale de la place Tahrir, les habitants de Fayyoum, à 130 km au sud du Caire, n'ont d'yeux que pour les candidats islamistes: le premier scrutin depuis la chute de Moubarak devrait s'y jouer entre Frères musulmans et fondamentalistes. 

"Les Frères musulmans n'ont jamais été au pouvoir, il faut leur donner une opportunité et voir ce qu'ils vont vraiment faire", explique Mohamed Mahmoud, décidé à voter pour la confrérie qui présente pour la première fois un parti politique aux législatives qui débutent lundi.

"Tous les autres qui se présentent étaient avec l'ancien régime.Il n'y a rien de nouveau, à part les Frères musulmans", poursuit ce commerçant de 35 ans.

La confrérie était officiellement interdite de toute activité politique sous le régime d'Hosni Moubarak et présentait des candidats aux élections sous l'étiquette d'indépendants.A la chute de Moubarak en février, elle a créé une formation politique, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ).

"Cela fait 80 ans qu'ils sont dans la politique, on peut leur faire confiance", renchérit Attia Abdelmagid, 74 ans.

A Fayyoum, une région agricole où 139 candidats se disputent six sièges, les principaux rivaux des Frères musulmans sont les salafistes du parti al-Nour.Les banderoles de ces fondamentalistes musulmans tapissent les rues de cette ville de 300.000 habitants.

Alors qu'un homme attablé dans un café évoque les salafistes, un enfant intervient: "Ils vont tout déclarer +haram+ (péché) s'ils sont élus.Tu veux qu'on coupe la main des voleurs en Egypte?".

Mahmoud Chaabane, 24 ans, vend des vêtements sur un marché et votera pour les salafistes.La longue représsion dont ils ont été victimes sous les régimes d'Hosni Moubarak et de ses prédécesseurs est un gage de confiance pour certains électeurs.

"Ils n'ont pas d'anciens candidats du Parti national (de M. Moubarak) sur leurs listes", explique-t-il, réclamant, comme de nombreux habitants, un véritable "changement" après la révolution.

A Fayyoum, comme ailleurs en Egypte, les murs sont couverts d'affiches reprenant le slogan "l'Islam est la solution".Elles portent le sigle des Frères musulmans, et non pas du PLJ qui en émane, car la loi égyptienne interdit aux formations politiques d'utiliser des slogans religieux. "Ce sont des gens bien, qui suivent la loi coranique", assurent en choeur plusieurs hommes à un carrefour embouteillé où flottent les banderoles des différents partis en lice.

Les plus visibles sont celles du PLJ, qui présente une femme sur sa liste, et du parti al-Nour, dont les candidats arborent en grande majorité de longues barbes fournies.

Hamdi Taha Abderrahim, comme les autres candidats des Frères musulmans, est omniprésent sur le terrain.Il se garde bien de faire de pronostic sur l'issue du scrutin, mais rappelle ses actions de campagne.

"Nous considérons la révolution comme un moyen de sensibiliser les Egyptiens à leurs droits politiques.Nous sommes allés les voir dans les maisons, dans les magasins, dans la rue.Nous avons répondu à toutes leurs questions", martèle-t-il.

Selon un sondage du Conseil des ministres égyptiens publié fin septembre, 35% des Egyptiens disent soutenir les Frères musulmans, considérée comme la force politique la mieux organisée du pays.