Darfour: la visite du Conseil de sécurité ternie par un rapt visant l'ONU

7 octobre 2010 à 20h27 par La rédaction

EL-FACHER (Soudan) (AFP)

Un employé de la force de maintien de la paix ONU-Union africaine a été enlevé jeudi soir par des hommes armés dans la capitale historique du Darfour, où venait d'arriver le Conseil de sécurité venu prendre le pouls de la situation sur le terrain.

"Un membre de la force de paix a été kidnappé jeudi à El-Facher", a indiqué un responsable de l'ONU sous le couvert de l'anonymat.

Contacté par l'AFP le porte-parole de la force de maintien de la paix ONU-Union africaine au Darfour (Minuad), Kemal Saïki, a confirmé l'enlèvement d'un employé civil expatrié de la mission, jeudi, à la tombée de la nuit à El-Facher.

"Quatre hommes armés ont fait irruption dans la résidence du personnel de la Minuad.Deux membres du personnel ont été ligotés et mis sur le côté, deux autres ont été obligés de suivre les hommes armés dans un véhicule de la Minuad", a-t-il dit.

"Au moment où le véhicule est parti, un des employés de la Minuad a réussi à s'échapper.L'autre personne manque toujours à l'appel", a-t-il ajouté soulignant que cet incident "n'avait aucun lien avec la visite du Conseil de sécurité".

Une délégation du Conseil de sécurité de l'ONU - dirigée par l'ambassadrice américaine Susan Rice - est arrivée jeudi en fin de journée à El-Facher, au deuxième jour d'une visite à travers le Soudan.

Le rapt s'est produit après l'arrivée de la délégation et est survenu dans le centre d'El-Facher, et pas sur la base des casques bleus, ont indiqué des sources onusiennes concordantes.

Le Darfour est en proie à une vague d'enlèvements de travailleurs humanitaires, d'Occidentaux et de casques bleus depuis l'émission, en mars 2009, d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et contre l'humanité dans cette région.

Depuis, plus d'une vingtaine d'étrangers, dont des membres de la Minuad, ont été enlevés.D'autres rapts sont survenus au Tchad ou en Centrafrique, dans des zones limitrophes du Darfour.Ils ont tous été libérés.

Il s'agit du premier rapt à survenir au Darfour depuis la libération le 31 août dernier de trois pilotes russes acheminant des denrées alimentaires pour la mission de l'ONU dans cette région.

Les rapts se produisaient au début dans des zones reculées du Darfour, avant d'avoir lieu dans les villes comme Zalingei ou Nyala, la métropole de cette vaste région en proie à la guerre civile et à l'insécurité.C'est la première fois qu'un enlèvement de la sorte survient dans le coeur d'El-Facher.

Le Conseil de sécurité de l'ONU avait été accueilli par des centaines de manifestants pro-gouvernementaux hostiles jeudi en fin d'après-midi à l'aéroport d'El-Facher.

Environ 300 supporters du président soudanais Omar el-Béchir ont brièvement empêché le convoi des ambassadeurs du Conseil de sécurité de sortir de l'aéroport à leur arrivée.

"Avec notre sang et nos âmes, nous sommes prêtes à nous sacrifier pour Béchir", criaient des femmes."A bas, à bas la CPI", scandaient d'autres manifestants.

Des affrontements entre l'armée soudanaise et les rebelles darfouris de l'Armée de libération du Soudan d'Abdelwahid Nour (SLA-Abdelwahid) ont par ailleurs fait au moins sept morts jeudi au Jebel Marra, zone stratégique située dans le coeur du Darfour à plus de 150 kilomètres au sud d'El-Facher.

La délégation du Conseil de sécurité doit en théorie visiter vendredi un camp de personnes déplacées par le conflit au Darfour à l'origine de 300.000 morts depuis sept ans selon les estimations de l'ONU.Les responsables de la mission de paix n'ont pas indiqué jeudi soir si le programme allait changer en raison de ces incidents.