Darfour: une Américaine libérée, enlèvement de pilotes russes

Par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Une humanitaire américaine détenue depuis mai dernier au Darfour a été libérée lundi, peu après l'enlèvement dimanche de pilotes russes -deux ou trois selon les versions- dans cette province troublée de l'ouest du Soudan où les enlèvements d'étrangers sont fréquents.

La jeune femme, travaillant pour l'organisation caritative évangélique Samaritan's Purse, a été libérée "après des négociations avec les ravisseurs, sans qu'aucune rançon n'ait été versée", a déclaré le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Moawia Osmane.

Elle se trouvait lundi chez le gouverneur du Darfour-Sud, à Nyala, a-t-il ajouté.

Selon ce porte-parole, un accord a été passé avec les Américains pour éviter toute opération de libération par la force, qui aurait pu mettre la vie de l'ex-otage en danger.

La jeune femme avait été enlevée à la mi-mai près d'Abou Ajoura, au Darfour-Sud, en compagnie de deux humanitaires soudanais qui ont depuis été relâchés.Son nom n'a pas été communiqué et l'ambassade des Etats-Unis à Khartoum a appelé lundi à "respecter sa vie privée".

Lors d'un contact téléphonique avec l'AFP le 26 juillet dernier, cette humanitaire, première femme occidentale détenue seule au Darfour, avait décrit sa détention comme un "cauchemar".

"Je n'ai pas d'eau potable, la situation a tourné au cauchemar tout d'un coup", avait-elle dit.

Ses ravisseurs avaient quant à eux fait savoir qu'ils exigeaient le versement d'une importante somme d'argent en échange de sa libération, puis ont fait état de "demandes" au gouvernement, mais sans rançon.

Samaritan's Purse, impliquée dans des projets d'accès à l'eau potable et d'aide aux petits agriculteurs au Darfour, est présidée par l'influent évangéliste américain Franklin Graham.

Cette libération survient peu après l'annonce par l'armée soudanaise de l'enlèvement dimanche par des hommes armés de deux pilotes russes travaillant pour une compagnie d'aviation soudanaise privée à Nyala, Badr.

A Moscou, l'agence Interfax, citant l'émissaire spécial russe au Soudan Mikhail Margelovis, a quant à elle fait état de trois Russes kidnappés dimanche.

Selon cet officiel russe, il s'agit du capitaine et "deux membres d'équipage de l'hélicoptère Mi-8 de la compagnie Badr Airlines qui transportait des denrées alimentaires pour la mission de l'ONU au Darfour".

Il s'agit du deuxième enlèvement de ressortissants étrangers au Darfour en quinze jours.

Le 14 août, deux policiers jordaniens de la force de maintien de la paix ONU-Union africaine (Minuad) avaient été enlevés à Nyala avant d'être libérés quelques jours plus tard.

En juillet, le pilote d'un hélicoptère russe a été fait prisonnier par des parties inconnues pendant quatre jours après avoir atterri dans le Darfour-Sud pour transporter un groupe de rebelles pour des négociations au Tchad voisin.

Le Darfour, en guerre civile depuis 2003, est en proie à une vague d'enlèvements de travailleurs humanitaires et d'Occidentaux depuis l'émission, en mars 2009, d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et contre l'Humanité.

Depuis, plus d'une vingtaine d'étrangers, parmi lesquels également des policiers ou des soldats de la Minuad, ont été enlevés.D'autres enlèvements sont survenus au Tchad ou en Centrafrique, dans des zones limitrophes du Darfour.

Ils ont tous été libérés à l'exception des Russes enlevés dimanche.