De retour en Côte d'Ivoire, Gbagbo affine sa stratégie politique

13 juillet 2021 à 14h28 par AFP

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En rencontrant l'ancien président Henri Konan Bédié et en critiquant à demi-mot le chef de l'Etat Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo revient petit à petit dans le jeu politique, moins d'un mois après son grand retour en Côte d'Ivoire.


"Assumons de faire de la politique!", a lancé M.Gbagbo le week-end dernier lors d'une visite à M. Bédié à Daoukro (centre).

A 76 ans, si le pas de Laurent Gbagbo est devenu plus lent, son discours reste affûté, surtout lorsqu'il s'agit d'envoyer des flèches au pouvoir en place.

"Si on ne veut pas que le pays brûle, on doit respecter ce qui est écrit.Respectez les textes, respectez les êtres humains!", a-t-il martelé, en référence à la réélection d'Alassane Ouattara en octobre 2020 pour un troisième mandat que l'opposition juge inconstitutionnel. 

Forte en symbole, sa rencontre avec M. Bédié est celle de deux anciens présidents longtemps rivaux et aujourd'hui manifestement prêts à s'entendre.

"C'est une visite importante de l'un des trois protagonistes de la crise politique de 2010-2011 au domicile d'un autre, dans son fief", souligne Rinaldo Depagne, analyste à l'International Crisis Group (ICG).

"Cela montre que Gbagbo a intégré le principe de réconciliation en allant voir un de ses anciens frères ennemis dans son territoire", ajoute-t-il.

Ce rapprochement s'est noué au fil de ces dernières années, notamment lorsque le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de M. Bédié a quitté la coalition au pouvoir en 2018.

Il avait ensuite rendu visite à Laurent Gbagbo fin juillet 2019 à Bruxelles, où ce dernier résidait en liberté conditionnelle en attendant la confirmation de son acquittement devant la Cour pénale internationale (CPI).

M. Gbagbo y était poursuivi pour crimes contre l'humanité au cours des violences post-électorales de 2010-2011, nées de son refus de reconnaître sa défaite à la présidentielle face à Alassane Ouattara.

- Pas de renouvellement -

Le parti de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), et le PDCI se sont ensuite associés dans de nombreuses circonscriptions pour les législatives de mars dernier.

"L'évènement politique est toujours créé par les mêmes personnages, le regard se tourne toujours vers des gens âgés et on ne voit pas de renouvellement de la vie politique", note Rinaldo Depagne.

"Ils ont une place à part dans l'histoire de la Côte d'Ivoire et jouent tous les trois les prolongations", estime de son côté le politologue ivoirien Jean Alabro qui voit dans le "projet de réconciliation" de MM.Bédié et Gbagbo une forme de "testament politique".

Les deux anciens présidents réussiront-ils à imposer leur agenda de réconciliation à Alassane Ouattara?

Lundi, la réponse du parti au pouvoir à ce sujet a été cinglante.Et la perspective d'une rencontre entre les trois principaux acteurs politiques de la Côte d'Ivoire ne semble pas au programme dans l'immédiat.

"Nous n'accepterons pas qu'on nous impose un nouvel ordre politique.Nous n'avons pas besoin d'un dialogue national", a assuré Adama Bictogo, n°2 du  Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), dénonçant "une alliance de dupes (...) qui n'ira pas loin".

"Il y avait peut-être un désir au parti au pouvoir de voir Laurent Gbagbo à la retraite, mais on ne prend pas ce chemin là!Depuis son retour, il a été assez public", estime Rinaldo Depagne.

"C'est une douce illusion de croire que Gbagbo pourrait s'arrêter et faire autre chose que de la politique", conclut le politologue ivoirien Jean Alabro.