Début d'une semaine de protestation contre le roi au Swaziland

Par La rédaction

MBABANE (AFP) - (AFP)

Des centaines de manifestants se sont rassemblés lundi dans le centre de Mbabane à l'appel des syndicats, lançant une semaine de protestation contre le régime du roi Mswati III du Zwaziland, au bord de la faillite et accusé de museler toute opposition politique.

Environ 500 personnes, encadrées par d'imposantes forces de sécurité, dansaient et chantaient dans la capitale en fin de matinée, pour demander au monarque absolu d'ouvrir un dialogue démocratique avec les partis politiques, interdits depuis 1973, et pour exiger une meilleure gouvernance économique.

"Nous voulons la démocratie, la levée de l'interdiction du Pudemo (principal parti d'opposition interdit) pour participer aux élections", a déclaré Vincent Dlamini, président du syndicat des fonctionnaires (Napsawu), tandis que d'autres dirigeants exprimaient leur volonté de connaître "la démocratie de leur vivant" et de voir "partir" des dirigeants actuels.

Les organisateurs espéraient une participation nettement plus importante dès mardi, notamment à Manzini, l'une des principales villes du pays.

Le pays n'a toutefois pas oublié qu'en avril, les dernières manifestations massives avaient été réprimées violemment.

Les opposants soupçonnent par ailleurs la compagnie de téléphonie mobile MTN, dont le roi est actionnaire, d'avoir volontairement coupé ses réseaux dimanche pour les empêcher de communiquer entre eux."Nous n'avons pas pu parler entre nous", a déclaré Sibongile Mazibuko, qui est à la tête de l'association nationale des enseignants swazis, fer de lance de la contestation.

Les syndicats, seule forme d'opposition légale, demandent notamment que la société royale d'investissement, Tibiyo TakaNgwane, soit taxée pour remplir les caisses vides de l'Etat.Cette société détient des parts dans tous les secteurs majeurs de l'économie, de l'hôtellerie aux médias.

"Tibiyo devrait nous sauver", pouvait-on lire sur une pancarte exhibée par une manifestante, Agnes Mazibuko, enseignante."Il y avait de l'argent collecté auprès de chaque Swazi du temps du roi Sobhuza.Il était censé être investi et conservé pour le compte du pays, afin qu'en cas de crise, on puisse l'utiliser, alors que c'est le roi qui l'utilise", a-t-elle dit à l'AFP.

Le directeur général du holding Tibiyo, Themba Dlamini, s'est défendu dans la presse lundi, affirmant payer des impôts au travers de ses filiales.

Le Congrès des syndicats sud-africain Cosatu, qui coordonne à l'étranger les actions de soutien aux militants swazis, a dénoncé l'incapacité du régime swazi "à rompre avec des pratiques corrompues et dictatoriales".

Le Cosatu affirme que la crise économique se fait sentir, y compris au sein de la police qui peine à boucler les rues, manque d'essence, a des véhicules inutilisables, pas d'informatique, et est "au bord de la révolte".

Le Swaziland est menacé de faillite depuis plusieurs mois, et le FMI vient de rendre un rapport très critique sur la gestion des comptes publics, qui interdit de facto au petit royaume d'espérer emprunter auprès des institutions internationales.

Seule l'Afrique du Sud a promis un prêt de 2,4 milliards de rands (240 millions d'Euros), mais la première tranche de ce prêt n'a toujours pas été débloquée, sans que la raison en soit officiellement communiquée.Lundi en fin d'après-midi, le Trésor sud-africain n'était pas en mesure de s'exprimer.

Les manifestations, sous la bannière "Semaine mondiale d'action pour le Swaziland", s'étaleront sur cinq jours, selon les organisateurs.