Démonstration de force dans le désert libyen pour les populations pro-Kadhafi

Par La rédaction

BIR DUFAN (Libye) (AFP) - (AFP)

Samedi matin, 200 véhicules de combat pro-CNT avec de l'armement lourd s'ébranlent vers Bani Walid, une oasis du désert libyen où un fils de Mouammar Kadhafi pourrait se cacher.Après des heures de reconnaissance, personne: les forces pro-Kadhafi ne sont pas là.

Quelque 600 hommes sont mobilisés, juchés sur des pick-up noirs à la Mad Max surmontés de mitrailleuses lourdes, canons antiaériens et lance-roquettes à têtes multiples, suivis par des ambulances.

Sous un soleil déjà brûlant, les véhicules partent vers 08H30 (06H30 GMT) de la grande ville côtière de Misrata (210 km à l'est de Tripoli), transformée en véritable forteresse - postes de contrôles renforcés de chars, containers de sable barrant les routes, artillerie lourde - après avoir été ravagée par des mois de combats.

La route du désert est monotone.Quelques voitures calcinés, puis trois chars pro-Kadhafi détruits par une frappe aérienne - visiblement pas très récente - de l'Otan, des chameaux qui broutent l'herbe desséchée.

Dans la zone de Bir Dufan, plusieurs pick-up s'arrêtent près d'une minuscule mosquée plantée au milieu du désert.Les autres continuent leur chemin, se séparent en deux groupes pour couvrir plus de terrain.La température dépasse déjà 40°C à l'ombre.

"Pour le moment, on n'a pas tiré une balle et on n'a trouvé personne", constate un "thowar" (combattant révolutionnaire), Ahmed Shanab, qui s'attendait à rencontrer "la 32e brigade de Khamis" Kadhafi, unité d'élite commandée par le fils de Mouammar Kadhafi.

Un pick-up isolé fonce vers la mosquée.Les combattants se crispent, reconnaissent l'un des leurs.

Trois hommes ligotés se trouvent à l'arrière: "ils avaient deux pistolets dans leur voiture.On ne pense pas que ce soient des hommes de Kadhafi, ils avaient sans doute les armes pour se défendre", selon M. Shanab.Direction Misrata pour interrogatoire.

De loin en loin, des douilles de mitrailleuse lourde et des bazookas usagés traînent dans le sable, mais d'opposition armée, pas de trace.Le groupe du thowar Mohammed Asaïd pousse jusqu'à Wadi Mardum, un groupe d'habitations poussiéreuses à environ 25 km de Bani Walid.

"Les gens de Mardum ne veulent pas qu'on reste.On a demandé s'ils avaient besoin de quelque chose, ils ont répondu non", indique le thowar en ordonnant à son groupe de faire demi-tour.

Les habitants soutiennent-ils Kadhafi ou ont-ils peur de représailles de sa part?"Les deux", rigole Mohammed Asaïd, "certains nous ont déjà tiré dessus par le passé!"

Finalement les forces pro-CNT ne pousseront pas jusqu'à Bani Walid, où Saadi Kadhafi, un autre fils de l'ex-"Guide" libyen, se cacherait, selon le CNT.

"Des négociations sont en cours avec Bani Walid.C'est pour ça qu'on ne veut pas attaquer", confie un chef de groupe de combattants, Omar Ali.

Le CNT a annoncé que l'oasis avait jusqu'à dimanche matin pour se rendre.

Tendus en début de journée dans ces étendues plates où ils sont constamment à découvert, les thowar se détendent en revenant devant la petite mosquée perdue dans les sables.

On s'amuse, on se lave le visage séché par le vent chaud, on engloutit des jus de fruits glacés.Quelques uns s'amusent avec un ballon de football.

"Il n'y avait personne, rien, aucune force de Kadhafi.C'est une bonne journée, pas de combat!", se réjouit un combattant, Suleiman Abdulhadi Al-Fakhir.

Le convoi long de plus d'un kilomètre retourne à Misrata.La démonstration de force est terminée, elle devrait faire réfléchir les partisans de l'ancien régime.

D'autant que Misrata dispose d'"une dizaine de chars déjà en fonction", et poursuit la formation intensive des futurs conducteurs de ces machines, selon un commandant pro-CNT.

Sur le front ouest de Syrte, d'où est originaire Mouammar Kadhafi, les forces pro-CNT n'ont pas bougé.Leurs chefs expliquent que les combattants de Misrata préfèrent d'abord s'occuper de Bani Walid, ne voulant pas se trouver pris entre deux fronts.