Des chrétiens sous le choc à Alexandrie, entre colère et désarroi

Par La rédaction

ALEXANDRIE (Egypte) (AFP)

"Si l'évêque avait terminé la messe deux minutes plus tôt, le bain de sang aurait été pire encore", affirme sur son lit d'hôpital Nermine Nabil, blessée dans l'attentat meurtrier à la voiture piégée devant une église d'Alexandrie (nord de l'Egypte).

Atteinte à une jambe, cette mère de famille de trente ans raconte être "sortie de l'Eglise à peine deux minutes avant que l'évêque n'achève la messe, alors qu'il y avait toujours des centaines de personnes à l'intérieur".

Selon un dernier bilan, 21 personnes ont trouvé la mort et 43 ont été blessées dans cet attentat survenu peu après minuit, dans la nuit de vendredi à samedi.

Sa blessure n'est toutefois pas ce qui la préoccupe le plus, mais plutôt "les services de sécurité qui ne font rien et qui ont laissé la voiture (qui a explosé) se garer devant l'église malgré l'interdiction décidée par les autorités", après des menaces contre les Coptes proférées par Al-Qaïda depuis l'Irak il y a deux mois.

Devant l'église, le sac à main noir déchiré d'une victime et des vêtements jonchaient toujours le sol plusieurs heures après l'attentat.

Des experts de la police examinaient à la loupe la carcasse détruite de la voiture, à la recherche de tout indice susceptible d'éclairer les enquêteurs sur l'origine de cet attentat, qui n'avait toujours pas été revendiqué en milieu de matinée.

A l'intérieur de l'église et du dispensaire qui la jouxte, le sol était couvert de tâches de sang.Les lits du dispensaire étaient vides pour la plupart, la majorité des blessés ayant été évacués vers des hôpitaux mieux équipés.

Les forces de l'ordre se sont déployées en masse aux alentours des lieux de l'explosion après cet attentat à la voiture piégée, le premier du genre contre une église en Egypte.

Ce nouvel attentat ajoute au malaise des Coptes, la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient, qui représentent entre 6% et 10% des 80 millions d'Egyptiens et se sentent marginalisés et négligés.

Les blessés et leurs proches, de même que les employés du dispensaire et les médecins, ont dénoncé un environnement qu'ils considèrent comme particulièrement hostile.

"Après l'attentat, des musulmans nous ont attaqués à coup de bâtons et de pierres, ils étaient environ 200", affirme un employé en montrant les éclats de verres des vitres brisées d'une fenêtre du dispensaire.

"La police, au lieu de nous protéger, a lancé contre nous des grenades lacrymogènes", renchérit Naglaa Gmail, jeune médecin convaincue que le premier bilan officiel -- sept morts -- visait à minimiser l'ampleur de l'attentat."J'ai vu vingt corps de victimes devant l'église", affirme-t-elle.

Selon une source au sein des services de sécurité, plusieurs dizaines de chrétiens en colère ont manifesté devant une mosquée située en face de l'église, en s'en prenant à la police.La porte et des fenêtres de la mosquée ont été endommagées

"Nous avons laissé libre cours à notre colère, nous avions besoin de l'exprimer", reconnaît le père d'une jeune chrétienne blessée.

L'église des Saints (al-Qiddissine) est située dans une rue d'une vingtaine de mètres de large, juste en face d'une mosquée, dans le quartier de Sidi Bechr (est d'Alexandrie), qui avait déjà connu des affrontements confessionnels entre musulmans et coptes il y a environ deux ans.