Des Egyptiens de la diaspora rentrent à la maison pour la "révolution"

7 février 2011 à 12h26 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Pour certains Egyptiens à l'étranger, suivre la contestation populaire à la télévision n'était pas suffisant.Il leur fallait traverser l'écran, rentrer d'urgence au pays pour participer à la "révolution".

Pour les membres de la diaspora qui rêvaient depuis des lustres de changements politiques majeurs en Egypte, géant arabe dirigé d'une main de fer depuis près de 30 ans par le raïs Hosni Moubarak, le retour au bercail s'est imposé de lui-même.

"Je suis rentré parce que je voulais participer à la révolution, et aussi pour prendre soin de ma famille", raconte Fadel Zayan, un consultant de 32 ans.

"Nous souhaitions tous que cela se produise depuis longtemps, mais j'ai été pris de cours par ce qui s'est passé", avoue-t-il.

Il n'y avait aucun doute dans la tête de ce trentenaire londonien qu'il fallait rentrer en Egypte, malgré la pression de sa famille au Caire pour qu'il reste en Europe.

Tarek Shahin, un gestionnaire de fonds habitant aussi à Londres, était en déplacement professionnel au début des manifestations le 25 janvier.Trois jours plus tard, de retour dans sa ville d'adoption, il a allumé la télévision et vu les images des émeutes à travers le pays.Et le déclic s'est produit.

"Je voyais l'Egypte changer au fur et à mesure que les rues prenaient feu.J'ai réservé le premier billet d'avion le lendemain.Je devais être au Caire", se souvient-il.

Après les émeutes du 28 janvier, la police égyptienne a subitement déserté les rues, laissant le champ libre à des hordes de "baltaguis" (voyous), qui ont saccagé et pillé des quartiers de la ville.

Les citoyens ont répondu à la menace en créant des comités populaires de défense, en voie de disparition depuis ce week-end alors que la situation rentre progressivement à la normale.

Le jeune homme a été rapidement recruté par ses voisins cairotes pour patrouiller la nuit.Le jour, il appelait ses amis à Londres pour les informer de l'évolution de la situation.

Ses patrons l'ont soutenu pendant cette période cruciale et lui ont même proposé de l'aide, au cas où il voudrait envoyer sa famille à l'abri.

Pour Tarek Mounir, un chirurgien établi à Genève avec sa femme et ses enfants, le choix de rentrer ou non au pays a été plus compliqué."Je changeais d'avis toutes les cinq minutes.C'était difficile", dit-il.

Devant la contestation inédite, Hosni Moubarak a assuré le 1er février qu'il s'effacerait à la fin de son mandat en septembre et a promis des réformes constitutionnelles.

"Lorsque j'ai entendu le président, je me suis dit que je n'allais pas rentrer, que c'était peut-être une bonne chose de le laisser encore au pouvoir" jusqu'à l'élection, explique M. Mounir.

Mais le lendemain, des partisans du président ont attaqué les manifestants antigouvernementaux réunis place Tahrir, dans le centre du Caire, provoquant des affrontements qui ont fait onze morts et des milliers de blessés, selon des sources officielles et médicales.

"Plusieurs d'entre nous se sont alors dits: même si nous ne pouvons pas faire basculer les choses du côté de la révolution, nous ne pouvons pas rester à l'étranger, à boire notre café en paix, alors que nos frères se font traiter comme cela", se rappelle-t-il.

Son fils de neuf ans lui a même "demandé" de rentrer et des collègues lui ont proposé de le remplacer "afin qu'il prenne part à la révolution".

Aujourd'hui, la diaspora égyptienne revenue au pays fait face à un autre dilemme: rester ou rentrer?"C'est le genre de situation qui n'arrive qu'une seule fois dans une vie...Je veux prolonger mon séjour", assure Fadel Zayan.