Des rebelles libyens de Derna nient être proches d'Al-Qaïda

18 mars 2011 à 11h46 par La rédaction

DERNA (Libye) (AFP)

Les rebelles maîtres de Derna, ville de l'Est libyen nichée au pied d'une colline surplombant la Méditerranée, sont agacés de leur nouvelle notoriété.Le régime du colonel Kadhafi les accuse de diriger un émirat islamique, un mensonge se défendent-ils.

Selon un câble diplomatique publié par WikiLeaks, la ville côtière de 50.000 habitants, située entre Al Baïda et Tobrouk, est un vivier de "combattants libyens" pour l'Irak, de plus en plus conservateur et doté de peu de débouchés pour les jeunes hommes.

Mais Abdelkarim Al-Hasadi, accusé par le régime de Mouammar Kadhafi de diriger un émirat d'Al-Qaïda à Derna, dément catégoriquement ces allégations et assure vouer une pleine allégeance aux leaders laïcs de l'insurrection.

S'il affirme avoir combattu sur le front libyen, il refuse cependant d'extrapoler sur les cinq années passées dans l'Est afghan, non loin de l'endroit où a vécu Oussama ben Laden, avant d'être arrêté par les troupes américaines en 2002.

"Maintenant je suis un combattant contre Kadhafi, mais une fois les combats terminés, je déposerai les armes et les rendrai au gouvernement intérimaire", dit-il.

Il nie tout lien avec Al-Qaïda et condamne les attentats du 11 septembre, même s'il considère le chef du réseau extrémiste comme "un bon musulman".

A maintes reprises, le colonel Kadhafi a agité le spectre d'Al-Qaïda, imputant au groupe radical la responsabilité de l'insurrection lancée mi-février.

Le 13 mars, Abou Yahya al-Libi, un Libyen considéré comme l'un des principaux théoriciens d'Al-Qaïda, a appelé les Libyens à poursuivre leur révolte "sans hésitation et sans peur afin de plonger Kadhafi dans l'abysse de la souffrance".

Abdelkarim Al-Hasadi affirme lui vouloir un système de gouvernance "libre et égalitaire", voyant dans le régime des talibans afghans des "avantages et des désavantages".Mais il reste cependant vague sur ses idéologies politiques.

Pour les opposants au régime, enhardis par la décision du Conseil de sécurité de l'ONU d'autoriser le recours à la force, la chute du colonel Kadhafi semble être la priorité.

Mais si l'homme qui a dirigé la Libye d'une main de fer depuis près de 42 ans tombe, les analystes craignent que le pays ne sombre dans le chaos ou que les islamistes s'emparent du pouvoir.

"Mes inquiétudes portent sur ce qui viendra après Kadhafi", déclare Abdoussalam el-Badri, universitaire à Benghazi.

"Nous ne sommes pas orientés vers la démocratie.Des choses très graves pourraient arriver au pays, par exemple, l'islam extrémiste.Ils ne sont pas vraiment très nombreux, mais ils sont mieux organisés que les autres groupes, à Benghazi, à Derna", estime-t-il.

Les 15 membres du conseil municipal de Derna, nommés par les insurgés qui ont installé leur instance dirigeante à Benghazi, s'agacent des discussions sur Al-Qaïda, et ont hâte de voir débuter l'intervention internationale.

"Nous n'accepterons jamais un Etat islamique parce que cela signifie un parti unique.C'est une dictature et ce sera la même chose que sous Kadhafi", assure Achour Bourachid, représentant du Conseil national de transition à Derna.

Selon une source citée par les documents publiés par WikiLeaks, un petit groupe de Libyens qui auraient pris les armes en Afghanistan pousse Derna vers le conservatisme, et mène une campagne contre les aspects non musulmans de la vie quotidienne, soulignant notamment le grand nombre de cassettes et DVD religieux disponibles sur les étals de cette ville.

"Les Frères musulmans sont ici", concède un responsable de Derna, Mabrouk Salama, ancien professeur de chimie emprisonné par le passé par le régime.

Mais ils "font partie de notre société.Ils représentent environ 5%, on ne peut leur enlever le droit d'exprimer leurs opinions", dit-il.