Diplomate tué en Côte d'Ivoire en 2007: 16 ans de prison requis contre sa veuve

1er juillet 2021 à 16h53 par AFP

AFRICA RADIO

Quatorze ans après la mort à Abidjan d'un ancien policier français chargé de mission pour l'Union européenne, l'accusation a requis jeudi à Paris une peine minimale de 16 ans de réclusion criminelle contre sa veuve pour assassinat.


Au terme de plus d'une heure et demi de réquisitoire, l'avocat général Olivier Auféril a demandé à la cour d'assises de prendre en compte la durée de la procédure et "l'incertitude" qui a pesé sur le "sort" de l'accusée, qui encourt la perpétuité, et "de ne pas prononcer une peine inférieure à seize ans". Karine Blanc, 54 ans, comparaît libre sous contrôle judiciaire depuis le 22 juin pour ce crime qu'elle a toujours contesté. Elle avait fait environ dix-huit mois de détention provisoire au début de l'affaire. Cheveux châtains attachés en chignon, assise au premier rang de la salle d'audience, l'accusée a fondu en larmes à l'énoncé des réquisitions. "C'est une innocente qu'on vous demande de condamner. (...) Elle n'a pas tué son mari, elle n'a pas tué son mari!", a insisté dans l'après-midi son avocate Michèle Siari. "Vous l'acquitterez!", a-t-elle plaidé. Le corps du mari de Mme Blanc, Michel Niaucel, 54 ans, avait été découvert le 7 février 2007 dans la chambre de leur villa ultra-sécurisée de la capitale économique ivoirienne, où ils vivaient avec leur fille de 13 ans. L'officier régional de sécurité avait été tué d'une balle dans le thorax, tirée d'un revolver 357 Magnum à travers un oreiller, alors qu'il dormait à côté de son épouse.L'enquête avait vite exclu la piste du crime politique, les soupçons se portant sur l'épouse, alors enceinte de son amant. Entendue après les faits par les autorités ivoiriennes, Karine Blanc avait d'abord affirmé que son mari avait été abattu par un intrus. L'enquête avait ensuite été transférée en France, en vertu de l'immunité diplomatique de Michel Niaucel et de sa famille.Devant la justice française, Karine Blanc avait alors plaidé le tir accidentel alors qu'elle tentait d'empêcher son époux de se suicider. Cette thèse, de nouveau débattue devant la cour d'assises, a été jugée "possible mais peu probable" par des experts en balistique, a souligné l'avocat général. Prenant de façon inhabituelle ses réquisitions à la barre, face à la cour, le magistrat est revenu sur les délais "difficiles à expliquer" de ce dossier "vieux de quatorze ans", évoquant un "dysfonctionnement". Le représentant du ministère public a par ailleurs requis cinq ans d'emprisonnement dont trois ans avec sursis - une peine aménageable - à l'encontre d'Isabelle C, 65 ans, jugée au côté de Karine Blanc pour le délit de complicité d'administration de substance nuisible. Elle est poursuivie pour avoir fourni à son ex-meilleure amie des médicaments contre-indiqués contre l'hypertension dont souffrait Michel Niaucel, administrés début 2007 par Karine Blanc. La fille du couple Niaucel, deux enfants de la victime nés d'une précédente union, ainsi que les deux frères et la soeur du diplomate sont parties civiles. Verdict vendredi.