Double attentat d'Abuja: l'ex-chef du Mend se dit victime d'une conspiration

17 octobre 2010 à 18h57 par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP)

Henry Okah, l'ex-chef du principal groupe armé nigérian, accusé d'être le cerveau du double attentat d'Abuja le 1er octobre, depuis sa prison de Johannesburg s'est dit victime d'une conspiration et a qualifié cette accusation de "ridicule".

L'ex-chef du Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (Mend) Henry Okah a été arrêté à Johannesburg le 2 octobre, au lendemain du double attentat à la voiture piégée à Abuja commis pendant la cérémonie du cinquantenaire de l'indépendance du Nigeria qui a fait 12 morts et des dizaines de blessés.

Le Mend avait lancé une alerte à la bombe une heure environ avant ce double attentat.Accusé de "terrorisme" deux jours plus tard, Henry Okah, 45 ans, qui vit en Afrique du Sud, comparaît depuis jeudi pour demander une remise en liberté sous caution.

Contacté dimanche par l'AFP dans sa prison à Johannesburg, il a qualifié cette affaire de "ridicule"."Si je dirigeais des activités militantes je ne serais pas ici en Afrique du Sud, je serais sur le terrain avec eux", a déclaré Henry Okah.

"On ne dirige pas des opérations par téléphone.C'est impossible.J'aurai du être là-bas avec eux.Mais bien sûr ce n'est pas le cas.Je suis plus une sorte de dirigeant politique dans notre combat", a-t-il dit.

"Je suis une voix que le peuple écoute.Les vrais combattants dans le delta du Niger (sud pétrolifère du Nigeria) écoutent ma voix", a-t-il affirmé.

Selon la police sud-africaine, Henry Okah a joué un rôle majeur dans le double attentat d'Abuja, agissant sous le pseudonyme de Jomo Gbomo -- le nom qui apparaît sur le communiqué du Mend revendiquant sa responsabilité pour les explosions à Abuja et dans un autre communiqué publié vendredi faisant état d'une autre "alerte à la bombe imminente".

L'ex-chef du Mend a ajouté qu'il avait de la sympathie pour ceux qui combattent pour changer les chose dans le delta du Niger.

Le Mend affirme mener un combat au nom d'une plus juste répartition de la manne pétrolière, en faveur des populations pauvres du delta.Apparu en 2006, ce groupe a multiplié sabotages d'oléoducs et enlèvements d'employés du secteur pétrolier.Il avait cependant largement réduit ses attaques depuis un an après une amnistie offerte par l'ancien président Umaru Yar'Adua.

En outre, Okah a nié toute implication dans le double attentat d'Abuja, déclarant que les accusations d'activités "terroristes" contre lui font partie d'un complot diligenté par le président nigérian Goodluck Jonathan - natif du delta du Niger - pour discréditer ses opposants avant la tenue d'élections générales prévues en 2011.

"C'est lié aux élections et au fait que le gouvernement nigérian croit que je travaille pour l'opposition", a ajouté Henry Okah.

En outre, il a affirmé avoir reçu un SMS d'un conseiller du président nigérian après les attentats à Abuja dans lequel il demande au Mend de se rétracter avoir revendiqué sa responsabilité dans ces attaques, affirmant que le gouvernement prévoyait de faire porter la responsabilité sur ses rivaux politiques dans le nord du Nigeria, majoritairement musulman.

"Le président ne veut pas que son gouvernement semble être combattu par des gens originaires de sa région (delta du Niger)", a ajouté l'ex-chef du Mend.

Le Mend accuse notamment le gouvernement de s'être lancé dans une "chasse aux sorcières" et d'avoir utilisé le double attentat comme prétexte pour "accuser à tort et harceler ses opposants".

S'exprimant deux jours après de nouvelles menaces du Mend, Okah a déclaré que "la violence" n'est pas "le moyen de régler la crise dans le Delta.Ceux qui ont recours à la violence essayent simplement, selon moi, d'attirer l'attention sur eux".

Enfin, Okah a ajouté qu'il refusait de manger en prison par crainte que la nourriture ne soit empoisonnée."J'ai peur pour ma vie", a-t-il dit."Je ne mange pas.Je n'ai jamais mangé.Parfois, je ne mange pas durant deux jours, parfois trois.Je mange des biscuits quand j'en trouve".

Henry Okah avait été arrêté en Angola il y a trois ans avant d'être transféré dans une prison nigériane.Il s'est ensuite rendu à Johannesburg après avoir été libéré dans le cadre d'un programme d'amnistie offerte aux combattants dans le delta du Niger.