Drum, le mythique magazine du glamour noir sud-africain, a 60 ans

Par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP) - (AFP)

Dans les musées sud-africains, les couvertures jaunies du magazine Drum évoquent une culture urbaine noire faite de mode et de jazz, disparue avec la destruction du célèbre quartier de Sophiatown que les autorités de l'apartheid jugeaient bien trop cosmopolite.

Drum a aujourd'hui 60 ans.Dans l'imaginaire des Sud-Africains pourtant, le magazine reste intimement lié à Sophiatown.

Ce remuant quartier de Johannesburg fut vidé de ses habitants et rasé entre 1955 et 1960, avant d'être repeuplé de Blancs et rebaptisé Triomf (Triomphe, en afrikaans).

"Même alors que les bulldozers du gouvernement faisaient tomber ses maisons, Sophiatown engendra une floraison culturelle inégalée dans l'histoire de l'Afrique du Sud", note David D. Coplan, spécialiste d'anthropologie culturelle à l'université du Witwatersrand.

"Le quartier donnait le ton, le pouls, le rythme et le style d'une culture urbaine africaine des années 1940 et 1950", ajoute-t-il dans son ouvrage "In Township Tonight!", citant les journalistes de Drum.

Ces derniers furent, selon lui, "les auteurs du journalisme, de la nouvelle satire, du commentaire politique et social et de la critique musicale les plus en quête d'innovation que l'Afrique du Sud ait jamais connus".

Henry Nxumalo, dit "Mr Drum", fut sans doute le plus célèbre.Il a été assassiné par des inconnus en 1957, alors qu'il enquêtait sur des avorteurs.Sa vie a été portée au grand écran en 2004, dans un film logiquement appelé "Drum".

La culture de Sophiatown était fascinée par les �?tats-Unis, et symbolisée par des cabriolets pilotés par d'élégants gangsters.Les habitants anglophones appelaient fièrement leur quartier "Little Harlem".

Et, comme son modèle new-yorkais, ce bout de ville d'environ 70.000 habitants bruissait de jazz.Avec des grands noms comme Miriam Makeba, Dolly Rathebe, Dollar Brand ou Hugh Masekela.

Sur place, au milieu des modestes pavillons de banlieue construits sur les ruines du mythique quartier, un petit musée entretient la flamme du souvenir.Murs peints et photos de Drum à l'appui.

"Sophiatown était un endroit qui vibrait, il y avait de la vie à Sophiatown, tout se passait là!", s'enthousiasme Mbali Zwane, la jeune guide pour qui le quartier était clairement plus excitant que les froides townships où le régime d'apartheid a relégué les populations de couleur, loin en périphérie.

"Il y a une +romantisation+ de Sophiatown, liée à une certaine nostalgie", tempère Noor Nieftagodien, historien à l'université du Witwatersrand."On a gardé le souvenir d'un quartier multiracial...même si l'immense majorité de la population était noire".

Sophiatown n'était pas un paradis, rappelle-t-il: la plupart des habitants étaient pauvres, souvent exploités par des propriétaires peu scrupuleux, et les taudis étaient nombreux.

Quant au fameux magazine, "une bonne partie des journalistes qui écrivaient pour Drum appartenaient à une élite de la classe moyenne bien particulière.Pour eux, Sophiatown était une sorte de monde glamour, mais c'était leur microcosme", relativise l'historien.

Reste que l'arbitre des élégances des années 1950 a bien changé.

Drum s'est peu à peu transformé en mensuel d'information très axé sur l'image.Et puis le titre a été racheté en 1984 par le puissant groupe de médias Naspers, à l'époque fidèle soutien de l'apartheid.

Le titre est maintenant devenu la version pour lecteurs noirs du duo de magazines féminins plutôt bas de gamme du groupe, formé par You (en anglais) et Huisgenoot (en afrikaans).Riche en potins.

Mais si les actuelles versions en anglais et en zoulou n'ont plus rien à voir avec le glamour d'antan, le numéro spécial du soixantième anniversaire est un hymne à l'esprit de Sophiatown.