Ebola: ONU et OMS promettent des moyens sans précédent contre une épidémie "exceptionnelle"

23 août 2014 à 12h37 par La rédaction

Monrovia (AFP)

L'ONU et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont promis samedi des moyens "sans précédent" au Liberia pour faire face à la propagation foudroyante du virus Ebola, qui menace les acquis de dix ans de paix dans le pays et en occulte l'anniversaire.

Il faudra sans doute "entre six et neuf mois" pour enrayer l'épidémie, a prévenu jeudi le directeur adjoint de l'OMS pour la sécurité sanitaire, le Dr Keiji Fukuda, en tournée dans les quatre pays touchés avec le coordinateur de l'ONU contre Ebola, le Dr David Nabarro.

"Cette épidémie exceptionnelle exige une mobilisation sans précédent dans toutes les dimensions", a affirmé le Dr Nabarro, cité dans un communiqué de l'OMS samedi, assurant que la nouvelle coordination mise en place permettrait de "garantir que les ressources adéquates vont dans les secteurs qui en ont le plus besoin".

Dans l'immédiat, le Dr Fukuda a promis que l'OMS et ses partenaires s'efforçaient "de construire des centres de soins supplémentaires autour de Monrovia afin d'augmenter le nombre de lits pour Ebola jusqu'à 500 dans les six prochaines semaines".

Médecins Sans Frontières (MSF), qui dispose d'un centre de 120 places à Monrovia, a déjà indiqué à l'AFP jeudi son intention d'en porter la capacité à 400 "dans les 10 prochains jours".

Les deux hommes devaient ensuite poursuivre leur tournée des pays touchés à Freetown, Conakry et Abuja.

L'épidémie a fait au moins 1.427 morts: 624 au Liberia, 406 en Guinée, 392 en Sierra Leone et 5 au Nigeria, sur un total de 2.615 cas (confirmés, probables ou suspects), selon le dernier bilan de l'OMS arrêté au 20 août.

Selon la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU pour le Liberia, Karin Landgren, citée dans le communiqué, "Ebola au Liberia doit être réglé pour assurer une économie, un avenir et une société stables" à ce pays, qui a connu 14 ans de guerre civile, officiellement terminée il y a 10 ans jour pour jour.

"La Minul (Mission des Nations unies au Liberia) salue la déclaration de la présidente ce jour qu'en aucune circonstance la force létale ne sera utilisée de nouveau", a dit Mme Landgren jeudi.

Elle faisait référence aux heurts mercredi au cours desquels quatre habitants de West Point, une banlieue de Monrovia, ont été blessés par balles par des soldats chargée de faire respecter la mise en quarantaine de ce quartier, décrétée par la présidente Ellen Johnson Sirleaf.

 

- 'Etats parias' -

 

La Minul fait tout son possible pour contribuer à la lutte contre l'épidémie, avait affirmé la représentante de l'Onu avant l'arrivée jeudi du Dr Nabarro, qui a annoncé son intention d'enrôler les Casques bleus au Liberia dans cette campagne.

"Mais pour préserver les gains de ces 11 ans de paix, Ebola doit être arrêté rapidement", avait-elle ajouté.

Coup dur pour l'ONU, les Philippines ont annoncé samedi le rapatriement "dès que possible" de leur contingent de 115 soldats au sein de la Minul sur un effectif actuel de quelque 8.600 personnels.

La Sierra Leone voisine s'est également dite "surprise" et "choquée" par le manque de solidarité des pays africains dont beaucoup ont fermé leurs frontières aux pays touchés, comme le Sénégal, l'Afrique du Sud, le Kenya, le Gabon et la Côte d'Ivoire.

"Cette interdiction donne l'impression que nous sommes des Etats parias", a déploré le président de la commission présidentielle sur Ebola, Ibrahim Ben Kargbo jugeant incohérente l'attitude de l'Arfique du Sud, qui a pris une décision en ce sens jeudi, quelque jours après avoir envoyé un laboratoire mobile à Freetown.

"Nous sommes aussi très gênés par le fait qu'un avion de l'ONU qui devait transiter par le Sénégal a failli ne pas en recevoir l'autorisation", a-t-il souligné sur la radiotélévision publique.

Le Nigeria, pays le moins affecté, avec cinq morts pour 16 cas, a néanmoins annoncé deux nouveaux cas, les premiers de "contamination secondaire", les épouses d'hommes ayant été en contact avec le haut fonctionnaire libérien qui a introduit le virus dans le pays le plus peuplé d'Afrique.

Une nouvelle inquiétude est apparue sur le continent, en République démocratique du Congo (RDC), dans la province de l'Equateur (nord-ouest) où le virus Ebola avait été découvert en 1976.

Le gouvernement a annoncé jeudi la mort de 13 personnes, victimes d'une "fièvre hémorragique d'origine indéterminée" depuis le 11 août. 

Mais l'OMS et MSF ont jugé prématuré d'incriminer une fièvre hémorragique.Les résultats des prélèvements sont attendus "dans sept jours", a indiqué le ministre de la Santé, Félix Kabange Numbi.Selon lui, la fièvre est "sous contrôle".