Egypte: des manifestants attaquent les abords de l'ambassade d'Israël

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

Des milliers d'Egyptiens ont manifesté place Tahrir au Caire vendredi pour réclamer plus de réformes, avant qu'une partie d'entre eux ne se rende devant l'ambassade d'Israël où un mur de protection a été détruit et le drapeau enlevé de la façade.

Un millier de manifestants armés de marteaux, de barres de fer et de cordes s'en sont pris en fin d'après-midi à cet ouvrage érigé ces derniers jours par les autorités égyptiennes devant l'immeuble abritant la mission israélienne, déjà visée par plusieurs manifestations.

La totalité du mur d'environ 2,5 mètres de haut et de plusieurs dizaines de mètres de long, a été mise en pièces sans que les forces de l'ordre présentes à proximité n'interviennent, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Un manifestant égyptien a réussi ensuite à retirer le drapeau israélien flottant sur l'ambassade située en haut de l'immeuble, pour la seconde fois en moins d'un mois.Il l'a ensuite jeté dans la rue, à la grande joie de milliers de personnes rassemblées devant la chancellerie.

Quelques accrochages ont eu lieu entre les forces de l'ordre et des manifestants qui tentaient de forcer le cordon de sécurité autour de l'immeuble.

Le 21 août déjà, un manifestant avait retiré le drapeau israélien sur l'ambassade et l'avait remplacé par celui de l'Egypte.

Les relations israélo-égyptiennes traversent une phase délicate, après la mort à la mi-août de cinq policiers égyptiens tués alors que les forces israéliennes poursuivaient des auteurs présumés d'attaques meurtrières dans le secteur d'Eilat dans le sud d'Israël, près de la frontière avec l'Egypte.

Les autorités avaient justifié la construction de ce mur par la nécessité de protéger les habitants des étages inférieurs de l'immeuble, où la mission diplomatique est située dans les derniers étages.

L'Egypte est le premier pays arabe à avoir conclu la paix avec l'Etat hébreu, en 1979.

Avant ces incidents des milliers de personnes s'étaient rassemblées sur la grande place Tahrir, dans un autre quartier du Caire, pour une manifestation intitulée "Vendredi du retour sur la bonne voie".

Le manifestants répondaient à l'appel d'organisations laïques et de gauche, notamment des mouvements de jeunes, pour réclamer à l'armée au pouvoir depuis la chute du président Hosni Moubarak en février, davantage de réformes et de démocratisation.

Des rassemblements ont également eu lieu dans les grandes villes d'Alexandrie, sur la côté méditerranéenne, et de Suez, à l'entrée sud du canal du même nom, a rapporté l'agence officielle Mena.

Les cortèges ont en revanche été boycottés par la puissante organisation des Frères musulmans et par d'autres mouvements islamistes.

"Aucune des demandes de la révolution n'a été réalisée", a estimé l'un des manifestants, Ibrahim Ali, 38 ans, technicien agricole de Beheira (nord).

"Il serait indigne pour le peuple égyptien d'oublier les promesses de la révolution", a lancé un religieux chargé de conduire la traditionnelle prière musulmane du vendredi place Tahrir.

Les militants laïques, dont les formations sont encore peu organisées, redoutent notamment que la tenue d'élections législatives comme prévu dès cet automne ne joue en faveur des islamistes et des cadres de l'ancien pouvoir, et demandent une révision des dispositions électorales.

Ils demandent aussi un calendrier précis de restitution du pouvoir par les militaires aux civils, et réclament en particulier la fin du recours massif aux tribunaux militaires pour juger des civils.

De nombreux manifestants ont également critiqué le déroulement du procès en cours de M. Moubarak, accusé d'être impliqué dans des ordres de tirer sur les manifestants lors de la révolte populaire qui l'a chassé du pouvoir (25 janvier-11 février).

Ils se sont étonnés des dépositions de policiers convoqués à la barre comme "témoins à charge", qui ont finalement donné le sentiment de dédouaner l'ancien président.

Le procès doit reprendre dimanche avec une audition du principal dirigeant du pays, le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui doit être entendu comme témoin à huis clos.