Egypte: des ministres russes au Caire pour parler coopération militaire

14 novembre 2013 à 11h20 par La rédaction


Le Caire (AFP)

Les ministres russes de la Défense et des Affaires étrangères ont discuté jeudi de coopération au Caire, une visite inédite à ce niveau alors que l'allié américain a gelé en partie son aide militaire massive à l'Egypte.

La visite de Sergueï Choïgou et de Sergueï Lavrov à leurs homologues égyptiens est, selon Moscou, la "première de l'histoire" des relations entre les deux pays dans ce format 2+2, signe de l'importance de ces discussions au moment où les relations entre Washington et le nouveau gouvernement dirigé de facto par les militaires au Caire se sont refroidies.

Ces discussions interviennent aussi en pleine crise politique en Egypte quatre mois après que l'armée eut destitué et arrêté le seul président à avoir jamais été élu démocratiquement dans le pays, l'islamiste Mohamed Morsi, aujourd'hui emprisonné et jugé. 

Le nouveau gouvernement a déclenché l'ire de l'allié historique américain en lançant une répression implacable et très sanglante des manifestations des partisans du chef de l'Etat déchu.

Les deux responsables russes ont rencontré leurs homologues, le ministre des Affaires étrangères Nabil Fahmy et le général Abdel Fattah al-Sissi, ministre de la Défense, vice-Premier ministre, commandant en chef de l'armée et véritable homme fort du pays depuis qu'il a lui-même annoncé la destitution et l'arrestation de M. Morsi le 3 juillet.

MM.Choïgou et Sissi "ont discuté de coopération militaire", a affirmé M. Lavrov lors d'une conférence de presse.M. Fahmy a tenu à insister sur le fait que cette coopération existait "de longue date", mais rien n'a filtré du contenu des entretiens.

M. Fahmy avait récemment affirmé à l'AFP vouloir offrir de nouvelles "options" à son pays après le gel partiel en octobre par Washington, premier pourvoyeur de l'armée égyptienne, de son aide militaire massive de 1,3 milliard de dollars par an, par mesure de rétorsion après le début de la répression visant les pro-Morsi mi-août.

Nouvelles "options" pour l'Egypte

Depuis trois mois, plus d'un millier de manifestants pro-Morsi ont été tués par policiers et soldats et plus de 2.000 Frères musulmans arrêtés, dont la quasi-totalité des dirigeants de cette confrérie à laquelle appartient le président déchu et qui avait remporté haut la main les premières élections démocratiques du pays fin 2011.

Les Etats-Unis ont fourni des milliards de dollars d'aide à l'Egypte depuis que le pays a signé en 1979 un accord de paix avec Israël, un moyen d'assurer le respect de ce traité, de sécuriser un accès prioritaire au canal de Suez et de soutenir le pays le plus peuplé du monde arabe très actif dans la "guerre contre le terrorisme" islamiste menée par Washington.

Après des mois d'atermoiement, les Etats-Unis ont officiellement gelé le 10 octobre une partie de leur aide à l'Egypte, à qui ils ne livreront plus d'hélicoptères d'attaque, de chasseurs et de missiles.Cette mesure est principalement "symbolique" pour les experts et dans les faits, Washington avait cessé de livrer des armes lourdes à l'Egypte depuis le 3 juillet.

le 3 novembre, le secrétaire d'Etat américain John Kerry avait fait le déplacement au Caire afin de relancer les relations bilatérales, affirmant notamment être déterminé à travailler avec les autorités par intérim et abandonnant tout appel à la libération de M. Morsi à la veille de l'ouverture de son procès pour "incitation au meurtre" de manifestants.

Mais M. Fahmy a prévenu que si cette visite avait "fait bonne impression", les relations bilatérales n'étaient pas à l'abri de "soubresauts".

Revenant sur la transition démocratique promise par les nouvelles autorités, M. Lavrov a souligné que "la Russie (était) contre toute ingérence dans les affaires intérieures et (respectait) la souveraineté de l'Egypte et le droit du peuple égyptien à disposer de lui-même".

Sur le plan diplomatique, MM.Lavrov et Fahmy ont affirmé avoir discuté des négociations israélo-palestiniennes qui peinent à reprendre leur cours et de la situation en Syrie.

Evoquant le conflit en Syrie qui oppose partisans et opposants au régime de Bachar al-Assad --grand allié de Moscou-- et a déjà fait plus de 120.000 morts, les deux ministres ont appelé à une "solution politique" via un "dialogue" qui pourrait s'ouvrir au sein de la conférence dite Genève-2 que M. Lavrov a dit espérer voir s'ouvrir "le plus rapidement possible".